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éducation,  Lecture,  marmots

Chasseur Cueilleur Parent, de Michaeleen Doucleff

CHASSEUR CUEILLEUR PARENT, LE LIVRE PHENOMENE clame le bandeau vert au bas de l’ouvrage. LES CULTURES ANCESTRALES EXCELLENT DANS L’ART D’ELEVER DES HUMAINS HEUREUX. QU’ONT-ELLES A NOUS APPRENDRE  ?

Telle est la question.

Je ne pouvais pas ne pas lire cet ouvrage, qui plus est préfacé par l’incontournable Isabelle Filliozat. Ce qui, une fois que j’ai lu l’ouvrage, me fait doucement marrer mais bref, je ne vais pas spoiler trop vite.

Donc, Michaeleen Doucleff est une jeune maman dotée d’une enfant atroce qu’elle ne peut plus supporter, au point de faire des crises d’angoisse à l’aube, à l’idée d’affronter Rosy, 3 ans, colérique, violente. Michaeleen est une mère concernée, présente, anxieuse et désireuse de bien faire. Mais visiblement, il y a un os dans le potage. Rien de ce qu’elle ne tente ne fonctionne avec cette petite fille irascible. Michaeleen est journaliste scientifique pour une radio américaine et amenée à se déplacer fréquemment sur tous les continents. Un jour, elle prend sa fille son le bras et part pour un long périple qui la mènera en Amérique Centrale chez les Mayas (Petite musique d’ambiance sur l’air de el condor pasa), puis chez les Inuits à Kugaaruk (Humez-moi cette bonne odeur de hareng fumé) et enfin, chez les Hadza en Tanzanie (Sur fond de girafe broutant des acacias.) Elle y découvrira les secrets séculaires de l’éducation telle qu’elle est pratiquée Depuis La Nuit Des Temps Par Les Tribus Les Plus Authentiques Et Proches De La Nature, les Chasseurs Cueilleurs (paraît-il, parce que pour certains, ce n’est pas vraiment flagrant).

Bon.

Alors en préambule, il y a des choses que j’ai appréciées dans « Chasseur Cueilleur Parent » : Michaeleen est touchante, elle avoue qu’elle se trouve dans une merde complète. On perçoit, au fur et à mesure du livre, qu’elle est une mère dite « hélicoptère », c’est à dire en permanence sur le dos de son enfant : fais ci, fais pas ça, attention, ne va pas là, bravo c’est génial ma chérie, waouh, amazing, great ! Attends-moi, reviens, mais que se passe-t-il, raconte-moi ce que tu ressens, tu es en colère car tu veux décider toi-même, que préfères-tu ma chérie, un cookie au chocolat ou un muffin aux myrtilles ? Aller à la piscine ou faire du vélo ? Et on imagine son grand sourire carré hyperpositif plein de dents, bref, une mère chiante, étouffante, insupportable à force d’être présente. La pauvre. Et c’est émouvant de voir qu’elle en pleinement (devenue) consciente, et qu’elle reconnaît avoir été, au fond, involontairement toxique pour son enfant.

Elle a également l’honnêteté intellectuelle de prévenir, en préambule, que les recettes qu’elles donnent ne sont pas miraculeuses, et que les parents chasseurs cueilleurs font des boulettes aussi et ratent des trucs avec leur gamins. On apprécie ce sain rappel que la perfection parentale n’existe nulle part sur ce globe et qu’aucune méthode n’est infaillible. Là-bas aussi, il existe aussi sûrement des sales gosses.

MAIS il faut bien prendre cet ouvrage pour ce qu’il est : le livre d’une Américaine, très Américaine. C’est-à-dire, focalisée de manière étouffante sur son enfant, ce qui ne peut pas manquer de produire des résultats catastrophiques. À ce titre, je trouve que la majorité des Secrets Ancestraux qu’elle découvre avec émerveillement sont du bon sens élémentaire, un peu comme mamie Georgette qui te dirait « mais fiche-z-y donc la paix à ce gamin et laisse-le courir, même s’il tombe et se fait mal ça s’ra pas ben grave. » Etait-il nécessaire de se farcir des milliers de kilomètres pour entendre des trucs que sa grand-mère aurait pu lui dire ?

Ensuite, le livre est TRÈS long, il y a beaucoup de redites et il pourrait faire 200 pages de moins. Mais au moins, le message rentre car il est martelé de face, de dos et de profil. Pourquoi pas.

Enfin, je n’ai pas vu en quoi ces Secrets Ancestraux étaient réellement spécifiques des ethnies de chasseurs-cueilleurs, et cela sent quand même le coup de marketing exotique et proche de la natûûûre qui va bien pour faire prendre la mayonnaise : une sorte de green-washing de la parentalité. L’appel à la nature et au retour aux traditions de ces peuplades sauvages, grrrr, est très tendance en ce moment, particulièrement dans le milieu de la parentalité. Beaucoup se basent là-dessus pour prôner le retour à l’accouchement à l’ancienne, dans les bois, sans péridurale, et en bouffant son placenta tout cru pour se requinquer après, faute de steack, car l’homo modernicus ne sait plus chasser. Oui, c’est hors sujet mais j’avais envie de le dire quand même.

Cela étant dit, je vais vous faire un petit retour sur les différentes parties du bouquin, que je dois rendre incessamment sous peu à la bibliothèque (il y a une semaine ou deux, quoi), donc je me magne de le finir.

Michaeleen Doucleff commence par une introduction assez intéressante.

l’essentiel de la littérature en psychologie (96% d’après elle) concerne des études réalisées sur des populations d’ascendance européenne, qui ne représentent pourtant que 12% de la population mondiale. Cela pose forcément question sur l’universalité desdits mécanismes psychologiques démontrés. Elle cite l’exemple de cette fameuse illusion d’optique (ci-dessous). A la question « Quelle flèche est la plus longue ? », vous comme moi répondons d’un seul coeur, avec l’immense majorité de nos semblables : « celle du haut bien sûr ! » Alors qu’en fait, elles sont de longueur identique.

illusion flèche longueur effet optique muller

Sauf que si on montre ce dessin à un membre de l’ethnie Hazda, il ne va pas dire que celle du haut est la plus longue. Il va dire qu’elles sont pareilles, et il a raison. Cela illustre les biais psychologiques qui sont à l’oeuvre chez les Occidentaux, mais pas chez des personnes ayant un mode de vie bien différent du nôtre : nos modes de pensées sont radicalement différents. Par conséquent, nos manières d’appréhender les relations en général, et la parentalité en particulier, n’ont pas grand chose à voir.

Sur certains aspects, Michaeleen Doucleff établit des constats que je partage (d’ailleurs à certains endroits nous avons cité les mêmes anthropologues dans nos livres respectifs) sur la manière de concevoir la cellule familiale en Occident : nucléaire, réduite aux parents et aux enfants, en excluant progressivement les autres membres de la famille, grands-parents, tantes, oncles, cousins et cousines plus ou moins éloignés. La charge familiale est devenue écrasante, puisque reposant uniquement sur les épaules des parents biologiques, au lieu d’être répartie entre les parents et co-parents (alloparents comme elle les nomme, autres adultes proches ou grands enfants pouvant assumer quelques responsabilités). Conséquence : les parents pètent un câble.

Autre constat juste qu’elle pose : l’obligation faite aux parents de nourrir l’ego de leur enfant en le complimentant. C’est très vrai aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où certes, les enfants sont encouragés et valorisés, mais à un point qui frise l’excès. « La culture occidentale est sans doute la seule à exiger des parents qu’ils l’entretiennent et la cultivent (l’estime de soi, sous-entendu) chez leurs enfants. » L’effet positif des avalanches de compliments, à tout bout de champ et pour n’importe quoi, sur l’estime de soi, n’est absolument pas prouvé. La nuance entre encourager intelligemment et s’extasier bêtement n’est pas forcément facile à trouver.

Elle aborde également la question des études scientifiques qui démontrent que…. ici, remplir avec l’item de votre choix : laisser choisir votre enfant le rend plus sûr de lui / pratiquer la motricité libre donne des enfants plus dégourdis / lui donner beaucoup d’affection le rendra plus coopératif. Sa question étant : la science peut-elle m’aider à être une meilleure mère ?

Pour les scientifiques qu’elle a interrogés, « les questions éducatives comptent parmi les problèmes les plus complexes de la science. Il est plus facile d’envoyer une fusée sur Mars que de répondre à ces questions. […] Les parents en attendent trop de la science. » Ah ah ! le fameux « les neurosciences l’ont prouvé » en prend un petit coup dans le pif, puisqu’en fait non, la science ne le peut pas.

D’autant plus que la plupart des études sont de faible puissance, réalisées sur des petits effectifs. Et même s’ils sont réalisés sur des effectifs considérables, cela ne signifie pas que cela marchera dans tous les cas.  C’est une réalité biologique : par exemple dans mon domaine, on observe parfois que certains traitements sont très efficaces chez 25% des patients. Ce qui signifie qu’ils ne marchent pas chez 75% des patients. Est-ce que cela veut dire qu’on peut tout jeter à la poubelle ? Non, pas du tout. Tant mieux pour les 25% pour qui ça marche. Mais pour les 75% chez qui ça ne fonctionne pas, cela ne sert à rien de s’acharner : il faut tester autre chose. C’est pareil dans le domaine éducatif. Si la super recette d’éducation positive marche avec votre enfant, c’est tant mieux. Mais si ça ne marche pas avec l’enfant de votre voisine, inutile de la pourrir et de lui dire qu’elle utilise mal la méthode. Ce n’est sans doute pas la bonne méthode pour elle, voilà tout !

Michaeleen conclut son prologue par cette phrase : « Dans le domaine scientifique, l’humilité est essentielle » et je crois que certains adeptes de l’éducation positive à la sauce neurosciences feraient bien de s’en inspirer.

Entrons maintenant dans le vif du sujet : les recettes secrètes des peuplades exotiques. On commence avec les Mayas.

Chasseur cueilleur parent au Mexique

Michaeleen file avec sa Rosy chez les Mayas, dans un petit village proche de Cancún. Là, elle découvre, éberluée, que les enfants sont serviables. Unbelivable. Par quel miracle ? Elle cite une étude démontrant que chez les Mayas, les enfants, dès l’âge de 7-8 ans, rendent service spontanément à leurs parents. Tu as bien lu : spon-ta-né-ment. Genre vraiment, quoi : ils font la vaisselle, plient le linge, passent le balai, préparent à manger, sans qu’on le leur demande. Sans récompense ni promesse de privilège. La drogue, je ne vois pas d’autre solution. Dites-moi vite laquelle, que je m’en fournisse.

Alors, là j’émets une réserve sur les observations de Michaeleen : tout au long du chapitre des Mayas, les enfants rendant service sont très majoritairement… des filles. Je me demande s’il n’y a pas un léger biais d’éducation genrée dans ces observations… Néanmoins, les observations de Michaeleen (et d’autres psychologues) pointent bien un effet lié à la communauté, et pas à la génétique, puisque des mères séparées de la communauté indigène, installées dans un contexte occidentalisé, voient leurs enfants devenir de sales gosses infoutus de se servir de leurs 10 doigts. Quelque part, ça me rassure.

La véritable question est : comment font ces mères et ces pères indigènes pour développer un tel sens du service chez leurs enfants ? 

Tout simplement, en les laissant participer, dès qu’ils le souhaitent, aux activités familiales. Plutôt que de se taper une session de dînette avec son enfant, la mère maya va le laisser faire la vaisselle avec elle. Certes, les assiettes seront approximativement briquées, ça sera davantage une activité piscine que cuisine, mais l’enfant apprend ainsi, par imprégnation. Logique, me diras-tu, et très montessorien comme approche. Quand il en a assez, il cesse de participer.

Autre secret maya : pour des tâches complexes, le parent va d’abord rejeter la demande de participation de l’enfant, et l’inviter à se contenter d’observer attentivement. Il va même exclure son enfant s’il travaille comme un gougnafier. Ce faisant, le désir de participer augmente, mécaniquement, puisque comme l’a écrit le grand auteur maya Pierre Corneille, « le désir s’accroit quand l’effet se recule ». Mais… attends… Ne serait-ce pas ce qui est décrit par certains anti-veo comme de la manipulation odieusement perfide ? Et Isabelle Fifi cautionnerait ça ? Je rêve, je suis outrée, choquée, scandalisée.

Bref, le truc maya, c’est que l’enfant se sente membre de la communauté en participant, et que sa participation soit vraiment utile à la communauté. Donc, plutôt que de le laisser faire de la patouille dans son coin, filons-lui un concombre à éplucher ou des patates à laver. Je trouve que c’est une approche intelligente. Se sentant appartenir à la communauté, c’est ainsi qu’il donne le meilleur de lui-même :  c’est mot pour mot un des concepts de la psychologie adlérienne. Tu trouveras ses ouvrages dans n’importe quelle librairie, c’est plus économique qu’un billet pour Cancún.

Cependant, tout au long de ce chapitre, j’ai beaucoup eu la sensation que Michaeleen Doucleff réinventait l’eau chaude. Ou alors, il s’agit d’un biais lié à sa culture américaine, car prendre son petit enfant avec soi quand on plie le linge ou prépare le repas me semble être une évidence pour de nombreux parents. Ce n’est sans doute pas le cas dans toutes les cultures. Je me suis parfois demandé ce que ces mères mayas avaient pu penser en voyant cette maman américaine paumée. Néanmoins, elle énonce quelques trucs intéressants, comme de dire à son enfant « cours me chercher…[ceci ou cela] ». Cela permet à l’enfant à la fois de participer, de bouger, et de se rendre utile. Enfin, elle met l’accent sur l’inutilité des jouets ou activités innombrables, puisque comme vous le savez certainement, rien de tel que des tupperwares et des cartons vides pour amuser un enfant (et désormais, de la vaisselle sale ou une corbeille de linge sec). Allez, au boulot les lardons !

J’ai ri en lisant le passage où, pleine de bonne volonté, elle conseille aux parents de passer AU MOINS 5 MINUTES (la vache, le challenge) à ne pas chercher à divertir ou occuper leur enfant. Voire même (truc de folie) le laisser se débrouiller SEUL. Je me suis dit, ah ouais quand même, elle a atteint un bon niveau de stress, la pauvre. Cela montre un peu à quel point elle pouvait être une maman profondément angoissée, pour qu’une telle attitude suppose un effort conscient de sa part.

Elle soulève également une question juste : le fait que dans la civilisation occidentale, le monde des adultes et celui des enfants sont séparés de manière relativement hermétique. Ceci est quand même en lien assez direct avec la scolarisation des enfants, qui est une bonne chose. Mais les enfants pourraient en effet être davantage intégrés à la vie de leurs parents. Bon, de là à aller bosser avec son enfant comme elle le suggère, ce n’est sans doute pas possible pour tous les corps de métiers. 

Un autre concept maya qu’elle évoque, est celui au doux nom poétique de « tendre camaraderie » : concept qui signifie, vivre paisiblement côte à côte, et que je traduis par « fous la paix à ton enfant au lieu de tout le temps vouloir le téléguider, partage des moments sans forcément vouloir faire quelque chose. » Par exemple, lisons des BDs ensemble en silence. 

Après cela, Michaeleen a pris l’avion et s’est envolée pour Kugaaruk, au Nord de la baie de Hudson. Attention au choc thermique. -40°C l’hiver, +10°C durant les fortes chaleurs estivales.

 TERRITOIRE INUIT CANADA

Chasseur cueilleur parent chez les Inuits

Les Inuits semblent se caractériser par un calme olympien. Ils ne se mettent, dit-elle, jamais en colère. Est-ce valable pour tous les Inuits, je ne sais pas puisqu’elle est allée à Kugaaruk et que le territoire inuit est quand même vaste, et au vus des rapports des services sociaux du Canada, ce n’est pas forcément un paradis (exemple ici pour le Nunavik).

Mais bref : elle arrive dans une famille d’une zénitude absolue. Jamais un cri. Quel est donc leur secret ? (la drogue encore ? non, apparemment)

Pour résumer, les parents inuits prennent de la hauteur et ne rentrent pas dans le bras de fer avec leurs enfants. Ils leur parlent toujours avec douceur (je valide, même si honnêtement je n’en suis pas toujours capable), même quand leur enfant leur met des baffes (je valide déjà moins) et ils les ignorent quand ils se comportent comme des pourceaux. Je répète : ILS LES IGNORENT. Genre tu es invisible, tu n’existes plus, je t’ai ghosté. Ou alors ils partent ailleurs. Personnellement, ça me va. Mais… attendez… ignorer un enfant, n’est-ce pas le priver d’interactions ? N’est-ce pas un peu la même chose qu’envoyer un enfant se calmer dans sa chambre, technique largement réprouvée par les anti-veo alors qu’elle est non-violente et efficace ? Et Isabelle Fifi cautionnerait ça ? Je rêve, je suis outrée, choquée, scandalisée.

Il faut savoir que les logements inuits sont largement surpeuplés (en particulier dont le district de Nuvanut, où sont parties Michaeleen Doucleff et sa fille) et que par conséquent, envoyer un enfant dans sa chambre n’est pas forcément possible, mais il me semble que le principe est légèrement le même. Certes, c’est moins exotique que de parler de techniques inuits, mais c’est un peu pareil. 

Par ailleurs, ignorer un enfant, c’est éviter de renforcer positivement un comportement. Si je crie lorsque mon enfant crie, je renforce positivement son comportement (puisque je réagis fortement) et cela alimente la boucle de l’agressivité. En ne réagissant pas, on stoppe ce mécanisme : quand il n’y a plus de spectateur, le spectacle s’arrête.

En fin de compte, la base du raisonnement inuit est, je cite « Les Inuits s’attendent à ce que les petits enfants se mettent facilement en colère […] parce qu’ils nont pas d’esprit, pas de pensée, pas de raison, pas de compréhension.[…] Les enfants sont des êtres illogiques, incapables de comprendre que leur détresse est illusoire. » 

Et vlan, prends toi ça dans les dents. Les Inuits sont adultistes, les vilains ! Ils se placent en situation de supériorité face aux enfants. 

Autre point que je trouve intéressant dans la culture inuit : une communication entre parents et enfants débarrassée de cette palabre perpétuelle qu’on entend nous imposer comme la seule norme valable en Occident. Verbaliser, verbaliser, verbaliser… demander l’avis pour tout, tout le temps : dans les autres cultures, dit Michaeleen, les parents ne demandent pas aux enfants leur avis sur le menu : ils préparent à manger. « Je pense, dit Michaeleen, que ce mode d’éducation taiseux est l’une des raisons majeures pour lesquelles les enfants sont si calmes dans ces cultures. » Et je suis assez d’accord avec elle. On saoule nos enfants de paroles, pour un contenu qui, majoritairement, n’a strictement aucun intérêt.

 

Chasseur Cueilleur Parent chez les Hadzas

(Tu noteras ma subtile répetition du titre pour être correctement référencée par Google).

Changement de décor : Michaeleen et Rosy s’envolent pour la Tanzanie. Bonjour le bilan-carbone. Et là, direct, elle part à la chasse avec les hommes du groupe, sa Rosy accrochée dans le dos, marchant péniblement dans la broussaille épineuse. Elle sue, elle souffre, elle a chaud, Rosy râle, et là un gars revient vers elle et lui dit d’un ton semi-exaspéré « Mais pose ta fille et laisse-la marcher enfin, elle va se débrouiller » et là, Alléluia, Rosy marche seule sans râler, et voici donc le secret hazda numéro 1 : fous la paix à ton enfant au lieu de le ventouser comme ça.

Je crois que c’est un peu la problématique de toute la vie de Michaeleen Doucleff, d’être sans cesse sur le dos de sa gamine. TOUT LE TEMPS. Et là, elle apprend à lâcher l’affaire. Rosy crapahute autour du camp librement (en même temps, on n’est pas sur le périph de Shanghaï) et tout de suite l’atmosphère est très détendue.

Là-bas, de tout petits enfants sont laissés -apparemment- seuls et explorent librement les environs, dès qu’ils savent marcher. Ils partent parfois loin. Mais en fait, la communauté entière veille sur eux, de loin, de manière invisible. Parfois, il s’agit d’enfants un peu plus grands, parfois d’autres adultes.

Et c’est à mon avis la partie la plus intéressante du livre : la manière de voir la vie des Hadzas, c’est que les autres adultes, biologiquement apparentés ou non, ont un grand rôle à jouer dans la vie des enfants. Les autres enfants plus grands ont également un rôle éducatif à jouer. Bien bien loin de la version en vogue de l’éducation positive qui court sur les réseaux sociaux, qui se résume à MAMAN MAMAN MAMAN (et un peu Papa parfois). Maman pour allaiter très longtemps, maman pour bercer, maman pour cododoter, maman pour jouer, maman comme unique référentiel sinon attention ce pauvre enfant sera perdu et traumatisé par de vilains grands-parents réacs. Les enfants participent à la surveillance et au soin des plus jeunes, et ce n’est pas considéré comme une responsabilité excessive ou comme mettre un terme à leur enfance, mais juste comme la normalité.

Voilà en gros ce que j’ai retenu de « Chasseur cueilleur parent » de Michaeleen Doucleff. Je partais avec un a priori pas très favorable. Malgré des aspects assez caricaturaux (américains, en fait), et un positionnement placé sous le signe de l’exotisme, j’ai trouvé qu’il y avait certains éléments intéressants : en particulier, avoir la confirmation que nos comportements parentaux hyper-angoissés, avec beaucoup de pression, beaucoup d’exigence, sont finalement très marginaux de par le monde. Elle décrit également de manière très précise son cheminement, ce qui peut être rassurant pour des parents en quête de solution (et barbants pour les autres, soyons honnêtes).

Je ne dirais pas que c’est LE livre à lire absolument, parce la majorité des « recettes » secrètes des chasseurs cueilleurs sont juste celles du bon sens : laisser vivre les enfants, ne pas les surcharger en activités, ne pas passer notre temps à verbaliser pour tout et n’importe quoi, agir plutôt que bavasser, les habituer à participer aux tâches quotidiennes, ne pas penser que nous devons, tels des dieux, suppléer à tout,  et les considérer pour ce qu’ils sont : des enfants, petits êtres en construction. Mais si tu es un parent très anxieux à l’idée de mal faire, ce bouquin pourra sans doute te détendre un peu les maxillaires.

 

Chasseur Cueilleur Parent, de Michaeleen Doucleff, aux éditions Leduc, 21€90

 

 

 

Il faut absolument que tout le monde le sache ! je partage :

27 commentaires

  • You-know-who

    Un régal cet article ! Parents adultistes qui retirent leur attention quand leur enfants « sans esprit, illogiques, incapables de comprendre que leur détresse est illusoire » font … des caprices ? le tout sur fond d’appel à la nature, à l’exotisme et à l’ancienneté, adoubé par Filliozat, c’est fabuleux !!! Merci pour toutes les jeunes mères angoissées par ces injonctions de parentalité 2.0 et merci de remettre l’église au milieu du village, comme elles aiment tant à le dire ! J’espère que ton compte rendu de lecture concernant ce livre tournera bien sur les RS 🙂

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Des caprices, mais quelle horreur ! Comment oses-tu ! 😀
      Voilà, j’ai été tellement estomaquée de lire Filliozat s’extasier sur ce livre, intéressant au demeurant, tellement c’est en totale contradiction avec ce qu’elle martèle depuis des lustres… Un opportunisme pareil, c’est à vomir.

    • You-know-who

      « opportunisme » c’est ça.
      Chez moi on appelle ça « manger à tous les râteliers ».
      Et puis elle a du sentir le vent tourner vu toutes les voix qui s’élèvent pour dénoncer ses bêtises et son emprise de gourou qui vend des formations à 13K€, en plus de ses livres, donc elle met son estampe sur des discours plus nuancés (et même ça, ça lui rapporte vu que la mention « Filliozat approved » doit être vendeur, ça fait partie de son business)

  • Madeleine

    Bonjour. Un très bon article, comme toujours.
    Avez vous lu :  » comment les eskimos gardent les bébés au chaud et autres aventures éducatives ? » De mei-ling hopgood.
    Il est assez amusant, car l auteur (americaine) compare un point précis d éducation (la propreté, l alimentation, le sommeil, etc) entre deux cultures (pas forcément exotique, pour l alimentation, elle compare la France et les usa!). Et donne son expérience parfois amusante de maman. Ca deculpabilise bien!
    Ccest assez divertissant, tout en donnant à réfléchir. Je l ai longtemps offert en cadeau de naissance!

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci Madeleine 🙂 non je ne connais pas, je viens de regarder le sommaire, ça attise ma curiosité ! Merci pour l’idée lecture !

  • Maminechat

    Merci d’avoir lu pour nous. C’est vrai que c’est du bons sens mais ça fait toujours du bien de le lire. Et elle aurait pu aller en Amazonie où on attache les jeunes enfants au pilotis de la maison afin d’éviter qu’ils se fassent dévorer par des bêtes sauvages dans la forêt.

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Oui j’ai trouvé qu’elle a choisi vraiment des communautés très ciblées. Je doute que ce soit représentatif de toutes le scommunautés de chasseurs cueilleurs !

  • 3kleinegrenouilles

    En gros, elle a inventé l’eau tiède… J’ai bien aimé le passage disant qu’il faut apprendre à laisser son enfant jouer seul pendant cinq minutes. La pauvre auteure devait être en plein burn out.
    Sinon, le côté « gentil sauvage proche de la nature », c’est quand même assez raciste comme approche et apparemment assez réducteur.
    J’ai lu dernièrement plusieurs articles sur les Inuits et ils parlaient davantage des problèmes sociaux et du taux élevé de suicide chez les jeunes que de modèle d’éducation. Au Canada, le taux de suicide est trois plus élevé chez les jeunes des Premières Nations que chez les non-autochtones.
    Bref, encore un bouquin sur la parentalité qui enfonce des portes ouvertes !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Je pense qu’elle était vraiment en burn-out.
      Alors je n’ai pas senti de côté raciste dans le livre, mais réducteur, oui. Pour les Inuits j’avais la même notion que toi et le rapport que j’ai mis en lien met en évidence un taux de violences intrafamiliales/conjugales (dont abus sexuels sur les enfants) très élevé donc bon… ce n’est pas non plus la panacée la vie chez les Inuits.

  • Marie H

    5 minutes! Pas possible! C’est beaucoup trop! Elle peut venir faire un stage chez moi, c’est moins exotique, mais j’ai surement des gênes de chasseur cueilleur. Et merci Mamie Georgette de nous avoir évité le voyage et le bilan carbone pourri. Et puis coeur coeur sur Fifi, je penserai à toi quand j’enverrai mon fils dans sa chambre tel un Inuit BPR.

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Fifi nous a encore régalé d’un live Insta aujourd’hui pas piqué des hannetons… Je pouffe de rire parfois tant ce qu’elle dit est grotesque par moment.

  • maman délire

    et bah, on est pas sorti des ronces… honnêtement moi j’ai toujours été contente quand mes enfants s’occupaient sans moi et que je pouvais faire autre chose ! je les ai aussi eu sans se matraquage médiatique sur les réseaux sociaux, et tant mieux a priori. pour le truc de crier sur son enfant qui crie( ce que j’ai fait bien entendu) ça m’a fait repenser à une image que j’utilise souvent en matière de communication : pour moi c’est comme du ping pong. si tu cries, on va te renvoyer la balle pareil. donc on va crier aussi. on renvoie la balle avec la même intensité, si il n’y a plus d’intensité d’un coté l’autre coté se calme aussi….

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Après, des mamans angoissées m’ont dit que ce livre les avait déculpabilisées, ou leur avait donné des pistes donc tout est bon à prendre ! mais ce n’est pas révolutionnaire 🙂

  • Lexie

    Merci de l’avoir lu et de nous faire un retour que je devine objectif 🙂 Je trouve très intéressant le fait de contextualiser sa parentalité. On est plus ou moins un bon parent, mais au regard de quelle norme et de quelle société ? Je lisais hier le témoignage d’une mère américaine qui avait reçu la visite des services de protection de l’enfance parce qu’elle laissait ses enfants attendre leur père sur le perron en fin d’après midi et qu’un voisin en avait conclu qu’ils étaient laissés à eux mêmes. Plusieurs autres mamans américaines témoignaient également avoir déjà reçu, parfois plusieurs fois, de telles visites. Il est certain que dans un contexte de délation facile, les parents ne vont pas se comporter de la même façon. Et il est certain aussi que dans nos contrées, nous surprotégeons nos enfants et leur mâchons le travail pour tout. Les rendre autonomes est littéralement un projet parental et pas la resultante d’un état de fait. On fait tellement tout pour eux maintenant qu’on doit réellement et consciemment apprendre à se retirer pour leur permettre de faire par eux mêmes. C’est fou quand on y pense…

    • Morisseau

      Merci pour ce résumé : ayant une famille nombreuse je suis habituée à les laisser s’amuser seuls et une maman formatrice en éducation très positive m’avait demandé comment je faisais pour répondre à tous leurs besoins …… c’était il y a 10 ans et je m’étais demandé comment elle elle faisait pour vivre en répondant à tous les besoins de son fils). Ce livre m’étonne pas car j’ai rencontré une jeune maman qui me disait qu’à la maternité son bébé pleurait la nuit et on lui avait demandé si elle avait fait quelque chose pendant la grossesse….oui c’était pas normal que son bébé pleure la nuit et même le jour et qu’il fallait qu’elle le tienne dans les bras le plus souvent…c’est le contraire que l’on nous disait !!! Et là j’ai compris le problème belle mère/belle fille ancestral !!! Enfin là elle était complètement épuisée au bout de 3 mois et c’est sa mère qui lui a fait comprendre qu’un bébé pouvait pleurer …..on est mal !!!

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      @lexie, c’est absolument effarant ces histoires. Il y a aussi des polémiques concernant des enfants de réfugiés en Suède je crois, retirés à leurs parents car ces derniers leur avaient mis une gifle. Il y a un tel écart culturel entre ces personnes qui arrivent de pays où le rapport à l’enfance est différent (je crois qu’il s’agit de Syriens) et les Européens du Nord. Est-ce vraiment bénéfique de séparer des enfants traumatisés par la guerre de leurs parents à cause d’une gifle, j’en doute… C’est surtout brutal et des mesures d’accompagnement éducatif seraient plus appropriées. Tu as raison, l’ambiance de délation assez courante aux US et Canada modifie complètement le rapport à l’enfant. Peut-être que là-bas le livre de Michaeleen Doucleff aura un écho positif ?

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      @morisseau ce n’est pas la première histoire en ce sens que j’entends : ces mamans sont terrorisées à l’idée que leur bébé pleure, à cause du fameux cortisol qui te grille le cerveau (à se demander comment l’espèce humaine a-t-elle bien pu survivre durant des millénaires). J’espère pour elles toutes que le balancier va revenir dans l’autre sens…

  • Latmospherique

    Merci Marie pour ta lecture et ce compte-rendu très détaillé, au moins je n’aurai pas à le lire!!
    Moi ce qui me gêne un peu, c’est le contraste des cultures, on a toujours l’impression que nous avons des siècles de retard (ou nous avons carrément bugger à un moment donné)…
    Il y a du bon et du mauvais dans toutes les cultures. Et comme tu dis bien souvent c’est juste du bon sens.
    En même temps cette maman avait l’air au bout du rouleau donc peut-être que tous ces voyages lui ont permis de laisser sa fille juste respirer, ce qui a du lui faire le plus grand bien.
    On peut en effet être toxique en pensant bien faire!!!

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci Marie, oui évidemment il y a du bon et du mauvais dans toutes les cultures, les enfants sont dans certaines cultures plus débrouillards, mais parfois moins instruits, sans doute davantage victimes d’accidents domestiques (point qu’elle n’évoque absolument pas), bref, on ne peut idéaliser aucune culture…

  • Najat

    Bonjour, sincèrement un grand merci pour ce super résumé. ça m’a donné envie de lire ton livre !
    J’hésitais à l’acheter !
    Bonne nouvelle donc !

    • Mickael

      Bien le bonjour, j’ai lu ce livre il y a quelques mois et je l’ai trouvé fascinant. Certes c’est une américaine très américaine qui l’a écrit et je trouve courageux de sa part d’avoir témoigné de ses difficultés en tant que mère.
      En ce qui concerne les Mayas, l’idée n’est pas aussi simple que simplement ancrer les enfants dans une communauté mais d’y insérer le principe de famille. Cela change tout parce que quand un parent demande à un enfant de réaliser une tâche, il se place dans une position qui devient vite une impasse dès lors qu’il y a une tension avec le parent en question. S’il fait les choses pour une entité supérieure qu’est la famille, cela n’a plus grand chose à voir avec les parents et tout devient plus simple. En appliquant ce principe, j’ai gagné quantité de tâches que les enfants sont très fiers de réaliser POUR la famille.
      Quant aux inuits, ils nous apprennent la maturité émotionnelle. Chose que je n’observe pas chez la majorité des parents autour de moi, dans la rue, le bus…
      Ce livre a considérablement modifié ma vie de papa et rendu mes relations avec mes filles (3 ans et 5 ans) beaucoup plus douces. Moins de tensions, de colères, plus de coopération.
      Je ne suis pas l’attaché presse de l’auteure mais je recommande vivement sa lecture aux parents curieux, ouverts et désireux d’améliorer leur vie parentale. 🙂
      PS: désolé pour le pavé !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      @mickael merci beaucoup pour ce retour et ce témoignage ! Comme je l’écris, je pense que ce livre peut tout à fait être utile à certains parents, cela dépend vraiment du contexte. Mais clairement, je pense que cela peut être aidant pour trouver l’angle d’action avec ses enfants. Simplement, il me semble que ce processus se met naturellement en place dans les familles nombreuses, puisque factuellement, les parents ne peuvent plus accorder autant d’attention à chaque enfant, et chacun doit participer aux tâches communes.

  • Maman Lempicka

    Marie!! J’ai lu ton article dès sa publi et je prends enfin le temps de commenter. Je l’ai adoré. Ton humour et ton style font vraiment des merveilles sur ce type de sujet, ça ne m’étonne pas que tu aies été repérée par un éditeur…Bref, ton analyse ne fait que me conforter dans mes impressions actuelles: on donne une place trop centrale à nos enfants, on croit que nos vies doivent tourner autour d’eux, on croit que c’est mal qu’il puisse en être autrement, on leur trouve trop d’excuses, et on se fourvoie, j’en suis absolument certaine, avec ce modèle de l’éducation positive.
    Petit aparté sur les américains qui s’extasient tout ce que leurs enfants font, disent ou sont: j’en ai déjà un aperçu avec les productions de mon neveu (mon frère vit aux US depuis 5 mois).

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci 🙂
      C’est clair que l’équilibre, chez nous, n’est pas encore atteint mais c’est déjà mieux que chez nos voisins anglais ou américains. Ils ont la supériorité sur nous qu’ils sont très encourageants et génèrent une grande confiance en eux chez les enfants, et le gros inconvénient que du coup, beaucoup de personnes médiocres sont persuadées d’être géniales, par excès de confiance en soi. On leur boursoufle l’ego. Entre éducation à l’asiatique avec les tiger-mom et encouragement à l’excès version US, visiblement les Mayas et les Hadzas ont trouvé le bon équilibre !

  • mamanchambouletout

    J’avais bien posé un oeil sur ce bouqin en librairie mais je n’étais pas certaine que cela vaille de coût de dépenser 21,90€. Et tu me confirmes qu’en effet, même si il ya des choses sympas dans ce livre, j’ai bien fait de ne pas l’acheter (et puis je me méfie toujours des livres « phénomènes »). En tout cas je te remercie de me l’avoir résumé, pendant que je fais la bonne maman au parc je pourrais faire genre « moi aussi je l’ai lu » !
    Cela me fait un peu penser à un autre livre (que j’ai vraiment aimé pour le coup), « Comment les esquimaux gardent les bébés au chaud ? » de Mai-Ling Hopgood. Auncune mention d’éducation positive dans ce bouqin mais un tour du monde vraiment intéressant des différentes coutumes en lien avec l’éducation. Et le bonus c’est quil existe en livre de poche !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci Amélie, on m’a parlé de ce livre en effet, je suis bien tentée !

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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