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« Qui aime bien vaccine peu » : vous savez quoi en penser (3)

Aujourd’hui je termine ma lecture critique de « Qui aime bien vaccine peu » de Michel Georget et un collectif de médecins homéopathes. Pour rappel, la première partie (Généralités, Diphtérie, Tétanos) se trouve ici et la deuxième (Coqueluche, Poliomyélite, Haemophilus B) . C’est avec un grand soulagement que je termine cette lecture, car « Qui aime bien vaccine peu » est quand même très indigeste et j’ai des douleurs d’estomac à chaque fois que je lis leurs arguments moisis. Mais que ne ferai-je pour votre parfaite information, je vous le demande ?

Débutons par cette bucolique citation extraite de « Qui aine bien vaccine peu » :

« Rougeole, oreillons, rubéole ou encore varicelle, autant de mots qui, pour les plus de trente ans, évoquent le souvenir d’une semaine passée à la maison avec de la fièvre, des douleurs, des démangeaisons; mais aussi le plaisir de pouvoir rester au lit alors que les copains partent à l’école, le bonheur d’être l’attention de la famille. » 

Ah, Michel, quelle vision romantique des maladies infectieuses tu as, espèce de gros nounours ! On voit que ce n’est pas toi qui restais garder tes enfants durant leur varicelle ou leur rougeole et devais trouver mille subterfuges pour les rendre moins inconfortables, les faire manger ou les empêcher de se gratter et de se faire des cicatrices indélébiles. Sûrement, Michel, tu n’interrompais pas ton activité professionnelle pour faire le garde-malade, non non, tu laissais ça à ta meuf, car c’est bien connu, les femmes ont les gènes codant pour les soins durant la varicelle et autres trucs qui grattent, et en plus, elles aiment ça, même si elles disent que non.

Sinon, comment pourrais-tu nous débiter d’aussi énormes conneries ? À te lire, on dirait bien que les maladies infantiles, c’est la clé du bonheur familial. Je ne garde pas un souvenir spécialement sympa des varicelles de mes enfants : paupières purulentes, boutons plein la bouche, difficultés à avaler… non, vraiment, j’ai connu des moments plus agréables, et eux aussi.

LA VARICELLE

Bon, reprenons : pour commencer la vaccination contre la varicelle existe, mais elle n’est ni obligatoire ni recommandée, et n’est envisagée qu’en absence de varicelle à 6 ans, après un dosage des anticorps. Je sais de quoi je parle, c’est le cas de mon Chaton : varicelle asymptomatique, on n’a rien vu mais il est immunisé. En revanche, s’il ne l’avait pas été, je l’aurais fait vacciner car plus on grandit, plus la varicelle est méchante et prend des formes sévères : pulmonaire et neurologique chez l’adulte, essentiellement.

« De récentes recherches semblent montrer que l’infection naturelle par le virus de la varicelle est un facteur protecteur contre le développement de tumeurs cérébrales. »

Là, Michel s’emballe sacrément. Il n’a pas été montré un effet protecteur du virus du zona et de la varicelle (VZV) contre le développement de tumeurs cérébrales, il a été constaté une association négative d’une infection à VZV avec la survenue de gliome, avec une « diminution » du risque de gliome de 21%. Si on considère que les personnes ayant eu la varicelle on un risque de gliome égale à 1, cela signifie que le risque de gliome pour les personnes n’ayant pas eu la varicelle est de 1.21 : c’est pas folichon comme association. Lien de cause à effet ? On n’en sait rien. Cependant, ce que Michel omet de dire, c’est que si le VZV est associé négativement à la survenue de gliome, il est associé positivement à d’autres cancers. Petit fripon, va !

Quoi qu’il en soit, ça nous fait une belle jambe. La conclusion de l’article relatif à « l’effet protecteur » du VZV envers les tumeurs cérébrales mentionne : « The biological mechanism through which chickenpox* may (notez le conditionnel) confer protection against glioma is currently unclear (tu m’étonnes). One proposed mechanism is that VZV antibodies may (re-conditionnel) demonstrate some cross reactivity to tumor cells (or other oncogenic viruses), and are thus capable of helping mount a protective immune response against existing tumor cells. Conversely, it is also possible that individuals who are more likely to develop cancer may be unable to mount strong immune responses to infections such as VZV. »

*chickenpox : nom anglais du VZV

Ce qui signifie : on n’en sait foutrement rien, de la raison de cette corrélation inverse. Peut-être que les anticorps spécifiques du VZV reconnaissent des séquences de la tumeur ou de virus oncogéniques (= qui causent le cancer) et dézinguent tout avant que le cancer s’installe. Ou peut-être que les individus qui développent ce type de cancers ne sont pas capables, par ailleurs, de faire des réponses immunitaires contre le VZV, et qu’il n’y a aucun lien de cause à effet. Mais peut-être pas, et on n’a pas de crédits pour bosser dessus de toute façon.

Ce qui ressortirait de la conclusion des auteurs, c’est surtout qu’on a tout intérêt à génerer une réponse immunitaire contre le VZV, donc… à vacciner les personnes qui ne l’ont pas contracté durant l’enfance. Contrairement à ce que raconte Michel. Et dans tous les cas, 90% des adultes sont immunisés contre la varicelle. So what ? Les patients atteints de gliome seraient-ils majoritairement non immunisés contre la varicelle ? Pas très crédible.

« Jusqu’à présent, la vaccination était réservée à des groupes à risques bien spécifiques (personnes atteintes d’immunodéficience). Actuellement, des voix s’élèvent, de manière de plus en plus insistante, pour étendre cette vaccination. »

Euh… je tends l’oreille, mais… non, rien, je n’entends rien, et depuis la publication de cet ouvrage en 2007, le vaccin contre la varicelle n’est toujours pas obligatoire. Michel, aurais-tu eu des voix ? Le calendrier vaccinal 2022 vient de sortir, et la varicelle ne figure pas dans les recommadations obligatoires. Elle est simplement recommandée pour les enfants non immunisés qui sont contacts de patients en attente de greffe, ou pour les adolescents non immunisés. 

LA ROUGEOLE

« Les complications graves (encéphalites) sont rares et les chiffres avancés par les instances officielles sont, volontairement, alarmistes.[…] Dans nos pays industrialisés, la mortalité est très rare et touche des enfants dont les défenses sont affaiblies. »

Certes, les complications surviennent, fort heureusement, dans une minorité de cas. Certes, les personnes immunodéprimées sont davantage à risque. Et donc, tant pis pour elles ? Quelle drôle de conception de la santé publique et de la solidarité. 

Revenons aux chiffres : Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2019, 2491 cas de rougeole ont été déclarés en France, dont 724 (29%) hospitalisés, 202 cas sévères (8%) dont 2 décès (encéphalites subaiguës à inclusions chez deux jeunes adultes immunodéprimés) (source CPIAS). 8% de cas sévères. Je ne trouve pas cela « alarmiste », je trouve cela factuel. Vous imaginez si la population n’était pas massivement vaccinée ? Le virus de la rougeole est un virus encore plus contagieux (avec un R0 de 15 environ) que le variant Omicron du SARS-CoV-2 qui a contaminé des millions de personnes en quelques semaines en France entre décembre 2021 et février 2022. Imaginons 8% de formes sévères chez des millions de malades. On serait bien dans la merde. D’après Santé Publique France, le taux d’encéphalites secondaires à la rougeole serait de 0,5 à 1 pour 1000 cas. Pas très fréquent certes, mais cela ferait beaucoup de monde quand même s’il y avait des épidémies non maîtrisées.

Et c’est ce qui risque de se passer, car la pandémie de Covid-19 a occasionné un retard massif de vaccination contre la rougeole. L’OMS estime que 70% seulement des enfants dans le monde ont reçu leur deuxième dose de vaccin anti-rougeoleux, ce qui est largement insuffisant à assurer une couverture vaccinale efficace.

« Pour les personnes vaccinées, 5 à 10% d’entre elles ne développent pas une protection suffisante, ce qui rend illusoire toute volonté d’éradiquer cette maladie ».

Curieux argument. Si on ne peut pas éradiquer une maladie, on laisse tomber ? Laissons tomber alors la lutte contre le cancer, contre le VIH, laissons tomber la lutte contre les maladies mentales, puisqu’il y aura toujours d’autres personnes atteintes de maladies mentales, laissons tout tomber ! Ne soignons plus rien, et barrons-nous tous attendre la mort en buvant des mojitos, puisqu’on n’arrive pas à l’éradiquer. Ce n’est pas une grande nouveauté que certaines personnes ne font pas de réponse immunitaire après une vaccination. Cela arrive avec, globalement, tous les vaccins. 

Les auteurs de « Qui aime bien vaccine peu » affirment encore : 

« en mars 2001, le très sérieux British Medical Journal relatait que des scientifiques indiens avaient averti que l’Inde pourrait être le témoin de l’émergence d’un mutant de la rougeole, hautement virulent, sur lequel le vaccin est inefficace.[…] à vouloir éliminer du globe un organisme, on en sélectionne des formes résistantes et l’histoire des antibiotiques (NDLR, l’antibiorésistance) pourrait bien se répéter avec les vaccins »

Je ricane, vous n’imaginez même pas comment. Ce ne fut pas facile de retrouver ce fameux article, mais ce fut bon.

1/ parce que ce n’est pas un article scientifique, mais un communiqué établi par le « très sérieux » BMJ à partir d’une simple interview, sans données scientifiques, sans preuves, sans rien, juste de la parlote.

2/ parce qu’il ne s’agissait pas de mutants de rougeole mais de virus Nipah , comme cela a été découvert plus tard, en 2017 dans cet article. Comme l’expliquent les auteurs, « Nipah virus encephalitis had occurred once in Siliguri in West Bengal but was at first misdiagnosed as measles* encephalitis » : la cause de ces encéphalites a été attribuée à tort au virus de la rougeole. Tu m’étonnes que le vaccin de la rougeole n’est pas efficace dessus ! 

*measles : petit nom anglais du virus de la rougeole.

Dommage, c’était bien tenté.

« Le lien entre le vaccin de la rougeole et des maladies inflammatoires du tube digestif […] ainsi que le risque d’autisme suite au vaccin sont fortement débattus et la question n’est à ce jour pas résolue. »

Il n’y a absolument aucun débat là-dessus : il n’y a pas de lien. La lecture de la page consacrée à Andrew Wakefield, auteur de la publication mensongère supputant des liens entre vaccin rougeoleux et autisme ou maladies inflammatoires du tube digestif, parue dans Lancet en 1998 puis prestement rétractée, vaut mieux qu’un long discours. Tous ses co-auteurs l’ont désavoué, personne n’a jamais pu reproduire ses résultats, il a été prouvé qu’il avait des conflits d’intérêts majeurs, bref, c’est vraiment l’histoire d’une escroquerie scientifique aux tristes conséquences.

LA RUBEOLE

En soi, la rubéole est une maladie bénigne. Son seul caractère de gravité est l’infection d’une femme enceinte au cours de sa grossesse, avec un taux d’atteinte de l’embryon extrêmement élevé (jusqu’à 90% durant les 11 premières semaines d’aménorrhée) et un risque de malformation grave atteignant presque 100% les deux premiers mois, moins élevé au second trimestre. Comme on le voit dans le graphique ci-dessous (données Santé Publique France, cliquer sur l’image pour avoir accès à la page web), le taux d’interruptions médicales de grossesse, ou d’enfants nés avec des malformations suite à l’infection de la mère par la rubéole, étaient élevés jusqu’à la vaccination obligatoire. Le dépistage de l’infection à rubéole est obligatoire depuis 1992, par un simple dosage des anticorps, permettant un rattrapage vaccinal des femmes avant la conception.

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Que nous dit Michel sur ce sujet ?

« Faudra-t-il attendre une recrudescence des malformations fotales pour réaliser que la protection offerte par le vaccin est de moindre qualité que l’immunité conférée par la maladie ? »

Ah, toujours ce même dada de la supériorité de l’immunité naturelle. Mais visiblement, le graphique juste au-dessus ne valide pas la crainte des auteurs de cet ouvrage, puisque les cas diminuent régulièrement.

« La protection du foetus est donc la raison de la vaccination. Mais on y a ajouté un deuxième objectif, beauoup plus aléatoire, celui d’éradiquer la maladie. C’est ainsi que les autorités sanitaires prétendent justifier la vaccination des garçons. »

OOOOOH ! Quel scandale ! On prétendrait donc faire participer les hommes à la protection des femmes et des enfants contre une infection qu’ils peuvent transmettre, les pauvres choupinous ? C’est franchement une honte. C’est comme la contraception et tous ces trucs-là : ça devrait rester une histoire de nanas, il faut arrêter d’embêter les pauvres hommes avec ces niaiseries. 

Je m’arrête là pour cette critique de « Qui aime bien vaccine peu ». Vous avez compris le principe du bouquin : faire peur aux parents en leur racontant que les vaccins censés protéger leurs enfants de maladies bénignes vont les rendre bien plus malades encore. Si on vous offre ce livre, mettez-le donc à la poubelle et faites plutôt confiance à votre pédiatre ou aux sites officiels. Le site de l’OMS vous donne l’état de la maladie dans le monde, ses conséquences, sa mortalité. Le site de l’Institut Pasteur détaille, dans des fiches très bien faites, la maladie, son agent infectieux, les traitements existants (ou n’existant pas d’ailleurs). Notre monde actuel fait qu’on ne peut pas envisager les maladies infectieuses comme l’affaire d’un continent ou d’un pays, nous l’avons bien vu avec le Covid. Et parfois, voire souvent, le seul traitement… C’est la vaccination.

qui aime bien vaccine peu livre michel georget critique

 

 

Il faut absolument que tout le monde le sache ! je partage :

13 commentaires

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      J’espère toujours qu’un non convaincu tomberait par hasard dessus et changerait d’avis ! Indécrottable naïve que je suis 🙂

  • Mathilde

    En Allemagne, le vaccin contre la varicelle est recommandé avant un an (pas obligatoire, cela dit il me semble que rien n’est obligatoire). Mais sachant que mon mari a fait un zona dans les premiers mois de la vie de mon fils et que c’était horrible, on a pas hésité :p mais Michel peut se rassurer, on a bien assez d’autres maladies qui nous font passer du bon temps à la maison mdr

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      C’est intéressant ces différences entre pays, il y a sûrement des raisons épidémiologiques. JE vais jeter un oeil ! On m’a dit la même chose pour le Luxembourg également.

  • Miss Zen

    Tu m’épates avec tes articles toujours clairs, percutants, informatifs.
    On ne devrait même pas être autorisé à publier ce genre de livres qui représentent un danger pour la santé publique, tu vas me dire que ça ne résoudrait rien car largement répercuté ailleurs mais tout de même…

    • Virg

      Heu… il a eu les oreillons le mec ? Non parce que pour le coup ça c’est une salo…rie !
      Je note l’anecdote du vaccin à 6 ans après vérification, ma fille semble aller dans ce sens. Elle a fait un genre de début de varicelle toute petite mais un truc insignifiant. Donc aucune confirmation. Depuis je l’expose consciencieusement dès qu’un enfant l’a dans notre entourage mais nada parce que je sais que c’est chiant de ne pas savoir quand on est adulte. Au moins tu m’ouvres une solution, merci !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci Véro
      Je suis toujours effarée de voir que ce truc est ré-édité. Sans doute ont-ils mis de l’eau dans leur vin (ou pas d’ailleurs) mais pour les personnes qui ont lu la 1e édition il y a quelques années, le mal est fait !

    • Eleonore

      J’ai littéralement dévoré vos 3 articles sur ce livre (j’avais très faim) et vous avez gagné une abonnée.
      Merci pour votre travail…Il a dû être considérable.
      Je vais maintenant lire le reste de vos écrits mais je pense que tout sera aussi brillant.
      Et merci aux Vaxxeuses qui m’ont fait découvrir votre page!

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci Beaucoup Eleonore ! Vous verrez, le reste de mes écrits est très disparate 😉

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci beaucoup Hervé, ça fait plaisir de voir que ce travail est apprécié !

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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