éducation,  marmots

Si vis dentem, para bellum

Ce soir encore, quand j’ai dit : « Allez les enfants, on se brosse les dents ! » ils m’ont répondu « Oui, Maman, tout de suite ! » et ont couru vers la salle de bains. Ils ont consciencieusement frotté leurs dents, 3 minutes, en insistant bien sur les molaires car j’avais eu la bonté de leur offrir une sucette à la framboise à la boulangerie.

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Non, bien sûr, je rigole. Parmi les rudes combats que je mène, l’un des plus âpres est sans nul doute le brossage des dents. Chaque soir, c’est la guerre. Pas la guerre technologique style guerre du Golfe, non : quelque chose de hardcore, entre Verdun et Diên Biên Phu.

Chaque soir, j’en amène un à la salle de bains. Je repars ensuite extraire de sa cachette son frère, qui hurle comme un goret à l’abattoir. Entre-temps le premier tente une sortie-surprise, je l’intercepte ! Je dois le tirer par les pieds pendant qu’il hurle, ravi, puis désespéré, car il s’est cogné la tête dans l’encadrement de porte de la salle de bains (Ce n’est pourtant pas faute de lui répéter que l’évolution a prévu la bipédie afin de se mouvoir debout sur ses deux jambes).

Bref, une fois que j’ai réussi à claquemurer à triple tour tout le monde dans la salle de bains, les hostilités commencent.

Le plus grand, m’ayant déjà affrontée en combat singulier, finit par se rendre prudemment et accepte de se brosser les dents. Le deuxième par contre…

« Allez, ouvre la bouche mon chéri ! »

« Nan ! »

« Allez mon chéri, on brosse tes jolies dents ! Tu veux avoir toujours des belles dents, n’est-ce-pas ? » (tactique totalement stupide face à un individu de 2 ans)

« Nan ! nan-nan-nan-nan-nan ! » me dit-il avec un sourire charmant et les deux poings  fermés devant la bouche. Un peu comme un boxer qui s’apprête à te coller un gros pain dans la gueule, en fait.

« Si tu brosses tes dents, tu auras… » Stop ! quand on éduque correctement son enfant, PAS-DE-CHAN-TAGE. C’est écrit dans tous les bouquins d’éducation positive. L’enfant doit comprendre et adhérer à la demande parentale. Et puis après ? Si tu te brosses les dents, tu auras un bonbon ? Non mais allo quoi. Ce n’est pas la peine de lui faire se brosser les dents pour saloper derechef le boulot.

Ultime tentative :

« S’il te plaît, brosse-toi vite les dents, que l’on puisse aller lire l’histoire (Non, là ce n’est pas du chantage, c’est de l’éducation positive. Oui, la nuance est parfois subtile). »

Dents serrées, lèvres serrées, dos tourné : camouflet diplomatique total.

Je n’ai d’autre choix que d’opter pour le conflit armé.

Sur ce, je le choppe par les pieds, je le tire entre mes deux jambes, je lui coince la tête entre mes deux genoux. Il se débat comme un beau diable ! J’attrape la brosse à dents, j’accentue la pression sur les tempes, il esquive et se tortille, essaye de s’extraire en rampant vers l’arrière; va-t-il y parvenir ?

Aïe ! Il m’a mordu la cuisse par derrière ce petit s… Il se tord comme une vipère, saute sur ses deux pieds et me fait face en poussant un cri terrible ! Je suis en mauvaise posture, je dois réagir, et vite !

Soudain, j’entraperçois la solution en une fraction de seconde : la tactique du vétérinaire ! Comment faisais-je, déjà, quand je devais donner un antibiotique à mon chat ? Je l’enroulais dans une serviette de bain !

J’enroooooooooule le bébé récalcitrant dans une grande serviette de bain, il a l’air d’un petit nem un peu trop farci qui déborde de l’extrémité ! Il huuuuuuurle très fort et m’expose ses molaires sucrées et framboisées, je touche au but ! Le poste ennemi est sur le point de tomber, j’introduis la brosse à dents, et frotte frotte frotte ! Je brosse, hardi petit !  Sonnerie de clairon, j’ai gagné la bataille. Mais je décolle vite (mes doigts) de la zone de combat car il mord sacrément fort, l’animal.

Enfin je le lâche, je le réconforte, je lui donne à boire, avec le sentiment d’être une mère indigne et maltraitante, et je me promets que demain, j’essayerai de trouver une solution pour que ça se passe mieux.

Sauf que la solution, cela sera sans doute de lui dire qu’il se débrouille avec ses dents, que s’il veut avoir des chicots pourris à 20 ans, ce n’est pas mon problème, et qu’il ne compte pas sur moi pour lui payer des implants dentaires à 600 € pièce, parce j’ai bien l’intention de claquer TOUT mon fric à la retraite !

Non mais, sale gosse !

Il faut absolument que tout le monde le sache ! je partage :

18 commentaires

    • petitsruisseauxgrandesrivieres

      Je dois dire que depuis que j’ai écrit l’article, ça s’est un peu calmé. il faut toujours lui grimper dessus pour lui brosser les dents, mais l’enroulage dans la serviette n’est plus requis : c’est déjà un progrès.

  • Boots And Pepper

    Quelle épopée !!!! Les miennes sont (sur ce point précis) moins belliqueuses, mais je pense pouvoir transposer cette tranche de vie à la version « brossons la chevelure de Déesse de ma blonde progéniture »… ! Merci pour la poilade, courage pour la suite (et l’orthodontie !).

  • Majicub'

    Ou sinon, y’a aussi l’épouvantail : les CARIES !! (hurlements d’effroi)
    Ici, on a bien expliqué ce que c’était, ce que ça faisait aux dents (et aux nerfs, aïe !) et sans qu’ils (4 et 8 ans) y aillent avec joie, ils se brossent les dents pendant environ 2 minutes.

  • chloe

    mince moi qui pensais trouver dans cet article la solution pour brosser les dents du mien..ici le lardon va avoir 2 ans dimanche, et soit il machouille sa brosse (qui ne ressemble plus à une brosse à dents dès le 2e utilisation du coup), soit c’est plaquage sur le canapé et séance de torture d’environ 10 à 20 secondes si on a de la chance…

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Oups, mille excuses pour la réponse plus que tardive ! Hélas, je n’ai pas trouvé la recette miracle pour un brossage des dents efficace et serein. Néanmoins, 18 mois plus tard, je peux témoigner que la situation s’est considérablement apaisée. il faut bien entendu répéter 10 fois « on va se brosser les dents », mais cela ne s’apparente plus à une séance de torture comme tu le décris. Courage, la roue du destin tourne !

  • 3 enfants en 3ans

    MDR
    Ma solution est simplissime : je laisse leur père se charger de ce rituel quotidien

    La sociabilité de ma grande a changé la donne : plus de combat avec elle
    Concernant le moyen, Monsieur mon Mari dit que l’usage du sablier l’amuse et donc il met sa brosse à dent dans la bouche consciencieusement pendant 3 minutes. Un jour peut être frottera t’il ?
    Pour le petit… hum… la brosse touche ses dents quotidiennement, mais il n’a que des dents de lait, est ce que cela vaut vraiment la peine de se battre tous les jours pour un brossage ad hoc ?

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Ah, le brossage des dents de lait… Cruel dilemme. Se battre, ou déposer les armes ? Je pense que si cela vaut le coup de se battre, c’est surtout pour l’apprentissage. Si le mouflet n’a pas pris l’habitude de brosser, même distraitement, ses dents de lait, comment pourra-t’il brosser sérieusement ses dents définitives ?
      Tu as essayé la brosse à dents électrique ? Cela amuse certains enfants (et au moins, ça brosse même si tu ne la remue pas)

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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