Endormir son enfant sans s’épuiser !
Fidèles lectrices et lecteurs,
je repasse le bout du nez par ici pour vous informer de la sortie d’un livre préfacé par mes soins, qui traite d’un sujet ô combien important : les troubles du sommeil de l’enfant. Ce livre porte le titre prometteur de « Endormir son enfant sans s’épuiser », de Craig Canapari.
Je ne compte plus les plaintes de parents qui n’en peuvent plus des couchers à rallonge et des nuits fragmentées. On les incite souvent à la patience, à base de « ça viendra, le sommeil met longtemps à se mettre en place », « il/elle a besoin de câlins, c’est normal », « il ne faut surtout pas sevrer la nuit si tu allaites » etc. Bref, souvent, ces pauvres parents ont l’impression qu’il n’y a pas de solution et qu’ils doivent se résigner à ne plus dormir. La mouvance du maternage proximal a aussi beaucoup contribué à culpabiliser les parents qui souhaitent entraîner leur enfant au sommeil autonome, comme si c’était la preuve d’un égoïsme terrible et d’un coeur aussi sec qu’une biscotte.
Moi, ce qui me fait mal au coeur, c’est de constater que des parents (souvent des mères, ne nous leurrons pas) s’épuisent, se dessèchent, s’anéantissent dans la perte du sommeil, car ON (= des influenceurs non qualifiés qui n’y connaissent rien) leur serine que leur enfant sera totalement traumatisé, le cerveau carbonisé au cortisol, s’ils lui apprennent à dormir seul.
J’ai donc cherché, et trouvé, le livre du Docteur Craig Canapari, pédiatre américain spécialisé dans les troubles du sommeil pédiatrique. Il dirige le centre du sommeil de Yale, aux US, et traite quotidiennement des familles qui en sont arrivées au désespoir.
Ce livre a été traduit par les soins de ma maison d’éditions, Solar, et il est paru ce jeudi 22 janvier 2026.
Je vous mets ci-dessous ma préface.
N’hésitez pas à l’offrir aux jeunes parents autour de vous, avant qu’ils ne tombent dans le matrixage en vogue et ne se détraquent le sommeil. Je suis intéressée par vos retours et vos avis sur ce sujet, également : le sommeil de vos enfants, comment cela se passe-t-il ?
à très bientôt !
« Cela fait dix-huit mois que je n’ai pas fait une nuit complète, c’est très dur » ; « Tous les soirs, c’est des allers-retours incessants entre la chambre et le salon » ; « Toutes les nuits, il vient dans mon lit alors qu’il a 4 ans ! »… Depuis plusieurs années, je lis les récits de nombreux parents sur les réseaux sociaux. La plainte numéro un concerne les problématiques liées au sommeil : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes persistant bien au-delà de la période du nourrisson, rodéo vespéral, tensions familiales, énervement et cris, nuits hachées et réveils blafards, altération de la relation avec l’enfant ou le partenaire, impact sur la vie personnelle et professionnelle, et surtout sur la santé mentale et physique. Si vous êtes au bout de votre vie, que vous oscillez entre désespoir et épuisement, et que la pensée de dormir sept heures pleines et ininterrompues, même une seule nuit, vous fait davantage fantasmer qu’un tour du monde en voilier, alors il se pourrait que cet ouvrage vous intéresse ! L’auteur, le Dr Craig Canapari, pédiatre et spécialiste des troubles du sommeil chez l’enfant, dirige le Centre du sommeil pédiatrique de Yale, aux États-Unis. Il est également père et a été confronté aux mêmes difficultés que vous et moi : concilier le respect des besoins en sommeil de toute la famille et une approche éducative bienveillante.
L’essor des courants éducatifs centrés sur les besoins de l’enfant a apporté de nombreux bénéfices. Le rythme de développement des enfants est maintenant mieux compris et mieux respecté. L’importance capitale des câlins et des encouragements est très largement connue par les parents, promue par les experts de la petite enfance, et mise en avant par les médias. Mais certaines exagérations ont généré leur lot d’effets indésirables. Vous avez peut-être déjà lu, au détour de vos déambulations sur Instagram, des affirmations au sujet d’un rythme biologique propre aux enfants qu’il s’agirait de respecter à tout prix. Ce postulat émane de parents comme vous et moi, mais aussi parfois de personnes travaillant dans le domaine de la petite enfance. Il peut vous inciter à attendre, attendre, attendre… que la situation s’améliore naturellement. Le problème, c’est le manque de précision sur l’âge jusqu’auquel s’applique cette exhortation à la patience. Or, le sommeil d’un nouveau-né n’a rien à voir avec celui d’un bambin de 2 ans ou d’un jeune enfant de 5 ans. Et pourtant, la confusion est là : de nombreux parents finissent par penser qu’il faudrait répondre de manière identique aux besoins du plus grand comme du plus petit.
Ces contenus contribuent massivement à diffuser auprès des parents la croyance que, pour assurer la sécurité affective de leur enfant, il leur faudrait lui tenir la main et rester auprès de lui aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce qu’il manifeste, un jour, l’envie de dormir seul. (Ce qui finira forcément par advenir car, comme on vous le fera sans doute remarquer, aucun adolescent ne fait de cododo avec ses parents.) À force, même les parents qui étaient de prime abord plus réticents à accourir au moindre couinement de leur bébé blêmissent devant la perspective menaçante de graves traumatismes psychologiques guettant leurs enfants.
Certains parents aiment prolonger la douceur du sommeil partagé en famille, ont la chance de se rendormir vite et bien et s’accommodent de ne pas obliger leur enfant à dormir seul ; dans ce cas tout est pour le mieux ! Mais d’autres parents ont un sommeil plus fragile, une tolérance moins grande à la fatigue, des problèmes de santé ou des conditions de vie plus complexes. Il est douloureux et injuste pour eux d’entendre que l’éducation au sommeil est maltraitante et révélatrice d’un égoïsme scandaleux, et qu’ils doivent accepter une vie de sacrifices, de larmes et de dette de sommeil.
En tant que scientifique, je suis en désaccord avec cette vision négative. Je n’ai trouvé aucune preuve dans la littérature qui pourrait appuyer la croyance que l’éducation au sommeil est nocive. Au contraire, des études scientifiques ont démontré que les enfants ayant suivi un entraînement au sommeil autonome dormaient fort bien, étaient moins anxieux et avaient une excellente relation avec leurs parents.
Bien entendu, éduquer un enfant au sommeil ne signifie pas qu’on laissera hurler un nourrisson toute une nuit. Ces temps sont, je l’espère, révolus ! Mais on ne peut être un parent efficace et bienveillant qu’à la condition de dormir suffisamment, tant le manque de sommeil entraîne de troubles de l’humeur. Évidemment, devenir parent implique des nuits perturbées et moins de sommeil. Mais cela doit être transitoire, et ne doit pas aller jusqu’au point de mettre votre santé en danger.
Une autre donnée curieusement absente de ces débats passionnés autour de l’éducation au sommeil est la fatigue des enfants dont les nuits sont ainsi durablement fragmentées. À quel moment a-t-on réussi à faire croire aux parents qu’il était meilleur pour leur enfant d’avoir un sommeil haché, plutôt que de passer une bonne nuit ininterrompue ?
Craig Canapari pointe d’ailleurs l’impact – y compris à long terme – d’un sommeil insuffisant sur la santé d’un enfant : les études scientifiques mettent en évidence l’effet du manque de sommeil sur les troubles socio-émotionnels et le risque accru d’obésité, entre autres pathologies. Et contrairement à une croyance répandue, les petits « dodos volés » dans la poussette ou le siège auto n’apportent pas la même qualité réparatrice de sommeil.
Alors, existe-t-il une autre voie que l’alternative entre la position attentiste « Je me résigne à attendre qu’il accepte de dormir car je préfère mourir d’épuisement que de culpabilité » et la position dictatoriale « Qu’il pleure tant qu’il voudra, je ferme la porte de la chambre à 19 h 30 et je reviendrai demain » ? Oui, fort heureusement !
Quoi qu’il s’en dise dans les médias ou sur les réseaux sociaux, il n’est pas question que d’attachement et de sécurité affective dans le sommeil : il est aussi beaucoup question d’habitudes et de rituels. En tant qu’adulte, mon rituel est de boire une tisane et de lire quelques pages, de faire un câlin à mon mari, puis de lui tourner le dos pour m’endormir. Le rituel de mon plus jeune enfant est que je l’accompagne dans son lit pour lui lire une histoire, puis que je dise « Voilà, c’est fini », avant qu’il réclame « Encore un peu, s’il te plaît ! » Je réponds alors d’accord, et je rajoute un chapitre, avant de l’embrasser, de lui caresser les cheveux et d’éteindre la lumière.
Nous avons tous nos rituels et nos habitudes. Supprimons la tisane ou l’histoire, et l’endormissement est altéré. Et souvent, nous, parents ne prenons pas toujours conscience que nous pouvons agir, autant pour susciter une bonne habitude que pour en entretenir une pas vraiment géniale, totalement à notre insu.
C’est là, l’originalité du livre de Craig Canapari : envisager le sommeil sous l’angle du comportement et des habitudes, tout autre problème de santé physique ou psychologique étant bien sûr dûment pris en compte. Son approche repose sur les concepts explicités par le Pr Alan Kazdin dans ses ouvrages sur la gestion des comportements indésirables des enfants grâce au renforcement positif. Pour faire évoluer le comportement de notre enfant, nous pouvons agir sur les antécédents (les événements qui précèdent son comportement) et sur les conséquences (notre réaction à son comportement). Cette approche, qui relève de la psychologie comportementale, est étayée par d’innombrables publications scientifiques et a fait la preuve de son efficacité.
Craig Canapari applique minutieusement cette méthode à la problématique du sommeil. En agissant sur la routine préparatoire du soir, et en modifiant consciemment vos propres réactions, vous êtes en mesure de changer la donne pour les nuits de votre enfant.
Vous découvrirez dans ce livre de nombreuses méthodes pour régler progressivement les troubles d’endormissement ou de réveils nocturnes de votre enfant, selon son âge, son comportement et le moment où les difficultés se manifestent. Tous les aspects liés au sommeil sont explorés : les troubles physiologiques, le cododo, l’allaitement, le sevrage nocturne, les doudous et tétines, les siestes, la gestion des écrans et des colères, endormir son enfant en roulant sur le périphérique, passer du lit à barreaux au lit de grand, partager sa chambre avec un frère ou une soeur, prendre en compte une personnalité anxieuse et gérer tout ce grand bazar quand on est parent solo. Craig Canapari fait aussi le point sur la méthode tant décriée du « laisser-pleurer », celle qui brise le coeur des parents. Sans jamais émettre de jugement, il propose de nombreuses alternatives efficaces, progressives, douces ou rigolotes, détaillées pas à pas, afin que vous choisissiez la méthode qui correspond à votre tempérament. Vous le verrez, il a lui aussi vécu des moments d’épuisement et de grands questionnements dans sa parentalité. Cela le rend d’autant plus humble et compréhensif envers les parents lecteurs.
Chers parents, à l’issue de cette lecture, je vous souhaite des soirées sereines, des nuits reposantes et des réveils qui ne soient plus une torture. Je souhaite à vos enfants des couchers doux et chaleureux, et de bons et gros dodos qui les aideront à grandir en pleine forme !
Marie Chetrit


