couple-famille

Vivre à distance de son conjoint

Il se trouve que ce matin, par un heureux concours de circonstance, j’ai reçu un mail d’Hélène Bonhomme des Fabuleuses au Foyer dont le thème était « mon conjoint est toujours en déplacement », et que juste après, j’entends sur Radio Notre Dame une émission sur la vie de couple à distance.

Et là je me suis dit : hé oh les gars, moi aussi, moi aussi, poussez-vous !

Pourquoi ce n’est pas moi qui suis invitée, bande de pistonnés ? Pourquoi ce n’est pas moi qui vous poste un article le matin ? Donc pour rétablir un peu l’ordre et la justice en ce bas monde,  j’ai décidé de vous faire profiter du récit de ma vie à distance, avec mon chéri.

Pour planter le décor, mon chéri est militaire. 3 ans ici, 3 ans là. Comme les finances publiques ne sont guère brillantes, et que le budget de la Défense est plutôt régulièrement revu à la baisse, les affectations ont tendance à durer un peu plus (car déménager une famille complète tous les 3 ans, c’est un budget). Oui, ne rêvons pas : ce n’est ni pour le bien-être des conjoints, ni pour celui des enfants que l’Etat prolonge la durée des affectations. Et puis quoi d’autre ?

Bref, au bout de 5 ans quand même, on a jugé bon pour la France d’envoyer ma moitié à 150 km de nous. Pas très loin donc, mais assez pour que ce soit compliqué pour lui de me ramener la baguette à l’heure du dîner. Logiquement et rationnellement, au vu des éléments de discernement en notre possession, nous avons opté pour le célibat géographique pour lui.

Pourquoi, en mauvaise épouse égoïste et préoccupée de mon seul plaisir et épanouissement, ne l’ai-je point suivi ? parce nous avons chacun un adolescent d’une union précédente, ce qui nous fait un papa et une maman en plus, qui ont eu le culot de refaire leur vie rien que pour nous embêter, ce qui fait donc, – je compte sur mes doigts -, 2+2+2 = 6 adultes à coordonner, je vous laisse imaginer la prise de tête la partie de plaisir pour aboutir à un planning qui satisfasse les conjoints, les ex-conjoints, et les nouveaux conjoints des ex-conjoints (sans compter, éventuellement, les ex-conjoints des nouveaux conjoints des ex-conjoints).

Nous avons donc d’emblée éliminé l’option :

1/  « je déménage avec toi en emmenant tous nos enfants, et les autres parents se consoleront comme ils peuvent en mangeant des pots de Nutella de 1kg pendant 3 ans ».

Nous avons également éliminé l’option :

2/ « Partons avec nos deux enfants communs, en laissant les 2 grands chez leur autre parent, bisous bisous mes chéris on vous reprend le 1er août 2019 sur ce même trottoir, soyez à l’heure ».

Par élimination, est demeurée l’option :

« Bon ben… tu pars tout seul et tu rentres les week-ends ? » OK ? bon OK, c’est parti.

Et le 1er août 2016, mes enfants trébuchant sur leurs jambes malhabiles accrochés à mes longues jupes, j’agitais un mouchoir en lançant des baisers dans le vent, en direction du pare-brise arrière du Scénic de l’homme de ma vie, qui partait sur l’autoroute A4 vers sa nouvelle vie de célibataire en semaine.

C’était il y a un peu plus d’un an.

Quel est le bilan ?

Ma foi, ce n’est pas si mauvais. Commençons par les points négatifs :

  • Je me tape l’intégralité de la totalité de l’entièreté de tout en semaine. Parfois, cela fait mal aux cheveux de rentrer à 18h45, avec le tout petit qui braille, le moyen qui piaule, la grande qui s’en fout et qui lit sur le canapé. Préparer le dîner avec en stéréo dans les oreilles « les bwas, les bwas » à gauche et « les bras, les bras » à droite, est un tantinet usant.

Parfois aussi, quand le bébé se prend pour Jason Pollock et redécore le tapis à grands coups de dripping de compote de pommes, et que le moyen étale avec ardeur son yaourt sur son set de table, comment dire ? Vous voyez, quoi.

Idem pour les cacas dans le bain, les x réveils nocturnes en cas de petite maladie, les cauchemars, les litanies de « je veux papa »… C’est raide de parfois se sentir impuissante.

En fait le plus difficile n’est pas de gérer beaucoup de choses, car même avant ce changement dans notre vie de couple, nos horaires de travail étaient tels que je m’occupais davantage de la vie quotidienne que lui. Les mères sont en général des êtres ultra-organisés qui savent emboîter leurs tâches de manière à ce que le temps global nécessaire soit le plus court possible.

Non, le plus dur, c’est de ne jamais pouvoir passer le relais, quand j’ai ma journée dans les pattes, et que les enfants m’ont sévèrement tapé sur les nerfs, et que dans le bain, j’ai plus envie de les noyer que de les laver (pardon mes chéris, je vous adore).

  • Mon chéri n’est pas là avec moi pour me serrer dans les bras et me caresser les cheveux, what else ?
  • Je ne peux jamais lui refiler les gamins pour sortir avec mes copines ou faire du shopping ! Bon, maintenant j’ai fait taire mes scrupules et je recours sans culpabilité aux services d’une baby-sitter.
  • Le week-end quand mon chéri rentre, tout le monde lui tombe sur le dos en même temps, comme des brochets affamés sur un jeune gardon. Cela fait des week-ends extrêmement concentrés, où chacun doit trouver son compte, jouer avec lui et remplir son réservoir à câlins (cf Gary Chapman). Sans oublier les devoirs, les activités sportives, le tour de manège etc…

Les points positifs (si si, il y en a) :

  • Nous sommes toujours contents de nous revoir ! Sur le temps que nous passons ensemble, nous essayons d’accorder une part réduite aux disputes et tirages de gueule, pour que ces brefs moments passés ensemble soit de beaux et précieux moments.
  • On développe un autre mode de communication. Pour garder le lien en vivant peu ensemble, il faut apprendre à se parler. Commencer par parler de sa journée, du quotidien (j’ai fait ci, j’ai fait ça), permet peu à peu de passer à des plans plus profonds (j’ai aimé ceci, j’ai eu de la peine à cause de cela) et de maintenir une intimité de couple (je me sens mieux de t’avoir partagé ceci, quel homme exceptionnel tu es, quelle joie de t’avoir épousé / tu es une véritable sainte et sans toi mon univers s’écroulerait).
  • Il n’y a pas d’autres points positifs. Hé oh ! je n’ai jamais dit qu’il y en avait beaucoup.

Passons maintenant aux difficultés de cette situation :

  • J’en vois principalement une : construire sa vie et celle des enfants en occultant le père, sous prétexte qu’il travaille au loin. A force de faire beaucoup de choses sans lui, finir par ne plus avoir besoin de lui. Et cela, c’est très dangereux.

D’où l’importance de maintenir un lien fréquent et intense, de raconter le quotidien de la vie, les petites anecdotes de l’école, de la crèche, d’associer le papa à toutes les décisions familiales. Qu’il ne débarque pas le vendredi soir complètement largué et pas du tout au courant du contenu de la semaine.

  • En fait j’en vois principalement deux : tout donner aux enfants, leur consacrer tout le temps disponible pour compenser l’absence en semaine, négliger sa relation conjugale. Et aussi tout leur passer sous prétexte que ces pauvres petits seraient traumatisés par l’absence de leur père, abandonner notre bienveillante fermeté pour sombrer dans la guimauve et les licornes à paillettes.

Dans quelques années, quand mon mari reviendra en région parisienne, j’aurai l’impression d’être une virginale épouse qui, le cœur battant et les joues délicatement rosées, franchit le seuil de sa chambre conjugale pour la toute toute première fois.

C’est pas chouette, ça ?

2 commentaires

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

%d blogueurs aiment cette page :