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Les enfants hors-sol

Comme nombre de jeunes, j’ai fini mes études et trouvé un travail en région parisienne. Mes enfants y sont donc nés et y grandissent. Je nous considère comme privilégiés dans la mesure où nous habitons une petite ville très agréable où la vie est facile et conviviale.

Cependant je m’interroge parfois, quand je feuillette avec les plus petits des imagiers des animaux de la forêt, des fleurs et des plantes… est-ce que tout cela n’est pas terriblement théorique pour eux, petits citadins plus familiers des trottoirs et des passages cloutés que des prairies et de leurs habitants à poils, à plumes ou à écailles ? Les seuls animaux sauvages qu’ils peuvent observer, sont ceux qui gisent écrasés en bordure des routes.

Quand j’étais petite, je partais me promener dans les vieilles vignes abandonnées au-dessus de la maison de mes parents. Selon la saison, je cueillais et mangeais des cynorrhodons, des mûres, des prunelles, des pêches de vigne ; j’écrasais des coprins noirs d’encre et des vesses de loup. J’allais caresser les chevaux qui paissaient dans les prés plus haut, j’essayais d’attraper les lézards en été, et je guettais les lapins de garenne qui s’aventuraient dans le jardin ; le soir, j’observais les familles de hérissons qui venaient chercher des croûtes de fromage (Saint Nectaire AOP, quand même) laissées à leur intention dans la pelouse du jardin. La nature, les animaux, le parfum des fleurs, tout cela avait un sens pour moi, comme la notion de migration des grues et des oies sauvages dont nous admirions les V dans le ciel à la fin de l’été.

Je ne sais pas si mes enfants auront la chance de connaître cela. Ils ne sauront sans doute jamais ce que c’est de se gaver de cerises directement dans l’arbre.

Nous élevons, de plus en plus, des enfants hors-sol, pour qui la nature, la croissance végétale, les cycles saisonniers, n’ont guère de sens. Ils sont comme ces tomates poussées sous serre, sur un substrat artificiel.

Cette constatation m’a remis en mémoire une émission dont j’ai oublié le nom, diffusée très probablement sur France 5 ou Arte il y a déjà pas mal de temps. Il s’agissait d’un reportage quelque part en Afrique, dans une zone sèche de type savane, avec fort peu de végétation. Une vieille femme montrait comment elle trouvait sa nourriture dans cet environnement assez hostile. Elle parvenait à trouver des indices lui indiquant la présence de racines comestibles au pied de certaines plantes. Un groupe d’hommes, par ailleurs, creusait le lit d’une rivière asséchée et extrayait un peu d’eau du sous-sol.

Je me souviens d’avoir été ébahie et émerveillée par tant de d’intelligence et d’ingéniosité, et admirative de cette capacité à survivre et à faire corps avec la nature, dont nous sommes si loin en Occident, dépendants que nous sommes de notre environnement technologique.

Je voudrais que nous puissions repiquer toutes nos petites tomates dans de la bonne terre bien collante, afin de leur apprendre que la nature est leur première alliée.

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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