au fil des jours,  société

La chasse est ouverte

Mesdames, quand vous sortez dans la rue, sachez-le : la chasse est ouverte, et ce, de janvier à janvier. C’est normal, c’est la liberté sexuelle.

Pour les auteures de la tribune parue dans Le Monde le 9 janvier, le mouvement actuel met en danger la « liberté sexuelle » car il serait en train d’amalgamer les dragueurs lourdingues avec les auteurs de délits et de crimes sexuels. Comme s’il était normal, que les femmes soient cibles d’allusions, approches, tentatives que je n’ose qualifier de séduction.

Vous êtes seule dans un café, en train de lire tranquillement. Parce que vous avez une heure à tuer, parce que vous avez mal aux pieds et voulez-vous reposer, parce que vous aimez regarder ce quartier depuis la terrasse, parce qu’il pleut, parce que vous attendez quelqu’un. Qu’importe ! Mettez-vous ça dans le crâne : il est normal qu’un ou plusieurs hommes vous apostrophent, vous dérangent dans votre lecture ou votre rêverie, et tentent de vous tripoter. Autant qu’il leur plaira. Puisqu’on vous dit que c’est la liberté sexuelle ! Et puis si vous êtes là, c’est sûrement que vous êtes, vous aussi, en chasse. Sinon vous liriez chez vous, ou vous attendriez votre copine debout sous la pluie.  Allez, soyez honnête. Ça ne vous déplaît pas quand même ? C’est flatteur, non, cet intérêt ?

Arrêtez de faire votre mijaurée, vous allez anéantir la galanterie française.  Attention, nouvelle définition de la galanterie, mise à jour du 09/01/2018 par Catherine D. et consœurs : Désigne le comportement d’un homme, qui, dans l’exercice de sa liberté sexuelle, emmerde, se frotte à, ou tripote, de parfaites inconnues dans les lieux publics.

Voilà ce que la tribune parue dans Le Monde laisse entendre. Et puis que voulez-vous, ce sont des hommes. Un homme, ça a des pulsions : c’est Catherine D. et ses copines qui le disent.

Le seul petit truc qui me dérange, c’est qu’il me semblait, mais visiblement je dois me tromper, que l’espèce humaine a un cerveau développé, une éducation, des lois morales, qui lui permettent, normalement, de contenir ses pulsions. C’est pour cela qu’on ne tue pas son voisin trop bruyant, qu’on ne frappe pas son enfant, qu’on n’arrache pas les cheveux de sa belle-mère. Et qu’il est tout à fait possible (si si, j’en connais de très nombreux !) de dominer sa pulsion sexuelle quand on est un homme.

Cette propension à se défausser de sa responsabilité morale en invoquant la pulsion est tragique. Françoise Lhéritier, ethnologue et anthropologue,  disait : « il faut anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible ». Non, le désir n’est pas incontrôlable. Et l’excitation ressentie par des hommes qui perpétuent des agressions sexuelles – que ce soient des contacts physiques, des paroles dégradantes ou des messages à connotation sexuelle – sur des femmes non consentantes, n’est pas l’expression d’une misère affective et sexuelle*, mais celle d’une perversion qui transforme la femme en objet, et jouit d’exercer un pouvoir de domination.

Envahir l’espace corporel de l’autre en imposant un contact physique, fût-ce une main sur le genou, ou envahir son espace psychique par des paroles à caractère sexuel, alors qu’il n’existe nulle intimité entre les deux personnes, EST un acte violent.

Enseigner aux enfants, garçons et filles, à respecter cet espace intime entre soi et l’autre, est essentiel pour l’apaisement des rapports entre les femmes et les hommes qu’ils seront. Apprendre aux enfants qu’ils n’ont pas à accepter de contact physique dont ils ne veulent pas (cf la manie du bisou, bien française ; pourquoi forcer un enfant à donner et recevoir un baiser d’un inconnu ?), leur permet également de maintenir une juste distance protectrice.

Là est la véritable liberté sexuelle, celle de se protéger d’interactions non souhaitées.

*laquelle trouverait sûrement une solution si ces personnes initiaient une démarche thérapeutique. Mais cela demande plus de courage que de coller une main aux fesses ^^

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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