vie personnelle

Être mère et avoir du temps pour soi

Être mère et avoir du temps pour soi… deux termes antinomiques ! Etre mère, c’est ne plus avoir de temps à soi, donner son temps, totalement, du lever au coucher. C’est être sollicitée, en permanence, pour changer une couche, moucher un nez, aider aux devoirs, consoler, ranger, cuisiner. Être mère, c’est remplir le tonneau des Danaïdes, pousser le rocher de Sisyphe, broder la tapisserie de Pénélope… et recommencer le jour suivant.

L’accumulation des tâches s’assortit rapidement d’une lassitude, voire d’une exaspération croissante. Où suis-je dans tout cela ? Ai-je encore une identité propre de femme, quand je n’ai déjà qu’à peine le temps d’aller faire pipi, et encore moins celui de bouquiner ou me faire belle le matin ?

Cette absence à soi-même me semble être l’écueil principal de la vie de mère.

Or, une mère qui prend soin d’elle-même est une mère plus détendue et mieux disponible pour sa famille : sa qualité de présence sera meilleure, car elle ne fonctionnera pas en sur-régime permanent : Comme le dit l’adage, « qui veut aller loin ménage sa monture ». Prendre soin de soi est donc essentiel pour soi, et pour sa famille.

Mais les journées n’ont que 24 heures, l’espace-temps n’est pas élastique, l’école commence toujours à 8h30 pétantes et mon patron m’attend de pied ferme à 9h15, ce dossier va m’occuper jusqu’à 18h, le temps de récupérer ma troupe, contraction du temps, hop, hurlements de faim – préparation d’un dîner varié et équilibré cuisson des coquillettes – bain, oh non, et zut, tant pis pour le bain – repas – brossage des dents – une histoire, deux histoires, … cinq histoires STOOOOOOP dodo – lessive débarrassage factures, zut, il est déjà 22h30 je suis crevée… Le réveil sonne, cela recommence.

Est-ce aussi votre journée-type ?

Et un beau jour d’automne, en scrollant sur un site de librairie en ligne, je suis tombée sur un ouvrage dont le titre m’a tapé dans l’œil : « Miracle morning, offrez-vous un supplément de vie ». La lecture du résumé m’a appris que l’auteur préconise un lever très matinal (une heure avant l’heure habituelle du lever) pour se consacrer rien qu’à soi durant ce temps. Il propose un découpage de ce temps en 6 séquences :

1/ Silence (ou méditation, ou prière selon votre sensibilité)
2/ Affirmation de soi (pensée positive)
3/ Visualisation (exercice de projection)
4/ Exercice physique
5/ Lecture (par exemple de développement personnel)
6/ Ecriture (Tenue d’un journal).

Bon, quand j’ai réalisé qu’il fallait me lever très tôt, alors que je ne suis pas du tout du matin, mon enthousiasme a été fortement douché et j’ai remis aux calendes grecques cette idée saugrenue.

Cependant, l’idée trottait dans ma tête, car moi, mes matins, c’est plutôt :

6h45:  réveil, allez, encore 10 minutes au lit.
6h55: réveil, allez, encore… non zut, hurlements croissants du bébé. Course jusqu’à la chambre, extraction du braillard, préparation du biberon, enfournage, passage dans la salle de bains et douche.
7h10: 2e série de hurlements, mon petit garçon se réveille et a instamment besoin de mes bras alors que je tente de me sécher les cheveux.
7h20: installation des petits devant le petit-déjeuner
7h30: ils ne veulent pas manger
7h40: ils ne veulent toujours pas manger et partent jouer
7h45: je tente de les habiller
7h55: demi-succès, j’ai pu enfiler les T-shirts. Je vide le lave-vaisselle et fais partir une machine
8h10: je commence à paniquer et leur cours après pour mettre les pantalons
8h17: mais, cette odeur… oh non, la couche du petit dernier !
8h20: ça y est ils veulent manger ! mais il faut partir et je n’ai pas eu le temps de me maquiller, encore une fois !!!
8h26: Tant pis, sortir peau nue c’est bon pour mon épiderme. Départ pour l’école, je rentre en chaussettes dans l’ascenseur et y enfile mes bottes.
8h29 ½: arrivée devant l’école, ouf !
8h35: arrivée devant la crèche,  ouf ouf !!
8h45: tout le monde est déposé, je peux aller bosser et j’ai le sentiment d’être en vacaaaaaaaaaaances !

Et voilà, la journée de travail commence, je n’ai pas eu une minute à moi et ce soir ça sera pire.

Donc finalement, tout bien pesé, après mûre réflexion : j’en suis arrivée à la conclusion que peut-être, cela valait le coup d‘essayer cette technique du Miracle Morning. Un soir, j’ai donc réglé mon réveil sur 6h00, avec un gros soupir, je ne vous le cache pas. Car quand je dis que je n’étais pas du matin, je n’étais VRAIMENT pas du matin. J’étais dans ma jeunesse, une pro des grasses matinées, une spécialiste des dodos tardifs, une amoureuse de mon oreiller.

Et le lendemain, j’ai, avec le sentiment d’être Super-Woman, mis le pied par terre dès la sonnerie de 6h00. A 6h15, douchée, habillée, coiffée, j’étais seule dans le silence de mon salon. Le soleil se levait tout juste à l’horizon et là, dans le calme de ce petit matin, ma tasse de café à la main, j’ai admiré le ciel – vision époustouflante et radieuse -, j’ai réfléchi, j’ai eu des idées, je me suis autorisé des souhaits, des projets, des désirs.

Au bout de deux jours seulement, je me suis sentie plus apaisée, moins tendue avec les enfants (traduire : je leur crie moins dessus), plus compréhensive et plus à l’écoute de leurs besoins. Et j’ai attendu avec impatience mon rendez-vous avec moi-même du lendemain matin.

J’ai adapté la méthode à mon caractère : je n’en pratique pas les 6 étapes. Je fais toujours l’étape de Silence, souvent l’étape d’Ecriture, parfois l’étape de Visualisation (à savoir, élaborer des projets). Parfois, le bébé se réveille trop tôt et je ne peux pas faire toute ma séquence. Mais au moins, j’ai eu le temps de me doucher calmement, ce qui est déjà beaucoup !

Je ne suis pas du tout plus fatiguée qu’avant, bien au contraire, j’ai plus d’énergie. Je me suis autorisée à me retrouver, et j’en avais besoin.

Depuis, tous les matins, c’est un petit miracle.*

PS : à ceux et celles qui se demanderaient pourquoi c’est moi qui gère tout le matin : non, je ne suis pas mariée avec un gros macho, mais il est en déplacement toute la semaine, hélas !

*J’enjolive un peu : depuis que j’ai mis cette routine en place, le bébé, comme par hasard, se réveille 5 minutes avant moi… Il a bien compris, le futé, que c’était le créneau idéal pour avoir sa mère rien qu’à lui. Il ne perd rien pour attendre. Quand il sera ado et qu’il fera la grasse matinée, j’irai lui jouer de la trompette dans les oreilles et lui dirai, comme Clovis : « Souviens-toi du Miracle Morning ».

Un commentaire

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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