maternité

Devenir mère

Vous l’avez désiré, vous l’avez conçu, et vous exultez de joie dans votre salle de bains, votre test de grossesse à la main et la culotte encore aux chevilles : Félicitations, vous êtes enceinte !

Je me souviens de ces moments d’appréhension mêlée de joie, ou de joie mêlée d’appréhension, à chaque test de grossesse, réalisé dès la première heure de retard de règles ; déception parfois, quand le test s’avérait être négatif. Exultation à deux, dans la salle de bain, le nez collé à la bande bleue ténue, qui attestait qu’un petit habitant faisait sa place au creux de mon ventre. Puis vite vite, la prise de sang b-HCG pour confirmer la grossesse, et l’appel illico presto à la maternité pour s’inscrire :

« -mais Madame, vos dernières règles datent de 29 jours, vous êtes sûre que vous êtes enceinte ?

– Oui oui certaine, regardez ma prise de sang ! »

Puis la longue attente de 8 semaines pour arriver au choc, à la première rencontre de la première échographie des 12 semaines ; ce jour où l’on aperçoit enfin le bouleversant petit profil, ce petit nez charmant, ces petites mains flottantes et ces gambettes maigrichonnes mais ô combien attendrissantes; la prise de conscience que ce petit œuf, cet embryon est réellement là. Mon bébé.

Puis les mois passent, longs, très longs. Certaines femmes adorent cette sensation d’être enceinte. J’ai toujours trouvé cela interminable et ennuyeux. J’avalais le temps entre les échographies, les rendez-vous avec mon bébé. Le dernier mois, épuisant, sans fin ; comme quand l’horizon recule sans cesse.

Et puis un jour, aux premières contractions régulières ou à la rupture de la poche des eaux, nous sommes partis  à la maternité, avec la valise depuis longtemps préparée. L’accouchement s’est bien passé, en douceur.

Et puis…

Voilà, il est là. Passés le choc et la stupeur d’avoir vu ce nouvel être si attendu, si désiré, tant imaginé, surgir de mon ventre avec son petit minois fripé, ses petits cheveux noirs collés sur sa minuscule tête, passés les moments à le regarder au fond des yeux pendant qu’il me regardait sérieusement au fond des yeux aussi – avec ce regard si intense du nouveau-né qui plonge ses yeux dans ceux de sa mère – nous sommes remontés dans notre chambre. Je suis reposée, le bébé est nettoyé, pyjamaté, endormi.

Je le prends dans mes bras, je le soupèse, je le retourne, je le renifle un peu dans le cou, je palpe ses petites jambes de grenouille, je déplie son petit poing serré ; c’est mon bébé, et en même temps… c’est un petit inconnu.

Ce bébé est différent de ce que j’avais imaginé. Il est lui, alors que je vivais depuis plusieurs mois avec l’image que je me faisais de lui. Je dois apprendre à le connaître, à le comprendre, à décrypter ce qu’il me dit dans son langage de nouveau-né.

Il est un peu gonflé, son nez est un peu plus gros que ce que je pensais ; il a une oreille biscornue, c’est quoi cette petite tache rouge sur sa nuque ? Est-il aussi beau que je le souhaitais ?

C’est presque un peu déconcertant, un peu pénible de le voir différent de mon bébé imaginaire. Comment apprendre à le connaitre, comment le comprendre, ce bébé si proche et si lointain en même temps ? est-ce-que je vais y arriver ?

Et soudain, au bout de 48 heures, après un échange de regard, après l’avoir vu apaisé dans mes bras, endormi et repu, l’évidence qui gonfle mon cœur :

Ça y est, je t’ai rencontré. Tu m’as faite mère, tu es mon enfant et je t’aime, pour toujours.

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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