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au fil des jours

Chroniques d’Aoûtembre (vol.1)

J’ai décidé de laisser passer le flot de récits de vacances fin août, puis de rentrée début septembre. La pertinence de ce pari audacieux est sans doute contestable. Car qui s’intéresse aux récits de vacances et de petite section de maternelle, lors des premiers frimas, une fois les tongs remisées au vestiaire, les derniers grains de sable époussetés et la doudoune ressortie du placard ? Tant pis, je prends le risque. Voilà donc un article qui s’adresse à un public hautement select et dénué de tendances panurgéennes, comme toi, toi, toi, toi, toi, et toi aussi qui fais ta pause-pipi du matin en scrollant sur ton portable, la culotte aux chevilles.

Le bilan du complot 

Mi-juillet, j’avais ourdi un plan machiavélique : prendre le contrôle de la blogosphère durant l’absence du dessus du panier, c’est-à-dire de celles qui sont suffisamment sûres de leur audience pour se permettre de coller un post-it sur leur blog : « Je suis en congés, laissez-moi un message, bises, biiiip ». Ce n’est pas notre cas à nous, petits commerçants de la blogosphère qui vivotons chichement d’expédients et de rapines. Bref, après avoir publié quelques articles afin d’appâter lectrices et lecteurs qui se faisaient aussi rares en ce mois d’août que merlu en Atlantique Nord-Est, je me suis résolue, la mort dans l’âme, à partir en vacances. Oui, parfaitement : la mort dans l’âme. Mais je n’ai pas perdu totalement espoir ! Colbert planta des chênes pour bâtir des navires de guerre deux siècles plus tard, et sans doute que mes arrière-petits enfants verront, eux, le fruit de mon labeur estival.

Le départ en vacances

Je remplis donc ma cahotante guimbarde des turbulents Chaton et Lapin dûment pourvus de totottes, doudous, feutres, livres, cahiers, compotes, biscuits, playmobils, lunettes de soleil, petites voitures, bâtons, cailloux, bouteilles d’eau, legos et autres indispensables. Mon mari éclopé du genou gisait, seul, abandonné, dans notre appartement torride, un sac de petits pois surgelés sur la jambe. Seul, mais au calme ! Attendant d’avoir récupéré de son opération, et d’une semaine avec ses plus jeunes fils. On ne saurait dire laquelle des deux fut la plus éprouvante.

Donc nous partîmes, trois. Car chez nous, avec Poupette et Loulou, les plannings de vacances tiennent de la haute voltige, et que je te le pose ici, et que je te la récupère là.

Nous partîmes pour une contrée sauvage, où les flancs des volcans sont verdoyants et les autochtones accueillants, chaussés de curieux souliers en bois au bout pointu. Bali pensez-vous ? L’Islande ? Pas du tout, l’Auvergne. Après la cure thermale à Belle-Île, ce fut la cure de Saint-Nectaire. Saint-Nectaire à midi, à l’apéro, au dîner, car le Saint-Nectaire, c’est bien connu, est fait avec du lait de vaches qui broutent les bonnes petites fleurs des prairies auvergnates, donc manger du Saint-Nectaire revient à se soigner par aromathérapie. 

Là, entre deux lichettes de ce délicieux fromage, Lapin et Chaton purent s’initier à la chasse aux escargots, au tir à l’arc (fabriqué à l’ancienne par mes soins), et au jardinage approximatif -traduire : au massacre de plates-bandes sous l’œil stoïque de leur bienveillante aïeule. Avec sa créativité sans limite, Lapin développa une technique destinée, certainement, je le subodore, à faire rougir les roses et les géraniums, en les fouettant vivement avec un bâton afin de leur faire monter le sang aux joues. Enfin je crois. Il n’a pas été très clair sur son cheminement intellectuel.

Bref, mi-août, par un prompt renfort, nous étions six : Poupette récupérée au vol, Loulou arrivé avec son père et les petits pois surgelés.

puy-de-dome-auvergne

Le re-départ en vacances

Après un long voyage, dans une voiture sans climatisation, sous un soleil radieux, nous arrivâmes à bon port dans un charmant petit village du sud de la France, fleuri de bougainvillées, d’agapanthes, de laurier-roses et de cactus. Baignés de soleil, et envoûtés par le chant des cigales cachées dans les micocouliers, nous ouvrîmes la lourde grille verte de la maison de Papi. Le sourire aux lèvres, poussant un soupir de soulagement, nous nous apprêtions à prendre nos quartiers d’été, accueillis par un parfum, des effluves, … un relent… Mais qu’est-ce donc ? Une puanteur immonde, digne d’un cadavre de coyote nourri de vautours charognards s’exhalait du réfrigérateur, rempli de bouffe pourrie, de jus de fruits fermentés et de pâtés avariés. Une nuée de grosses mouches vertes s’empressa de venir nous aider à réparer les dégâts, consécutifs à un orage qui avait tout fait disjoncter. S’ensuivirent de longues heures d’autopsie d’extraction du contenu avarié, de nettoyage, désinfection, javellisation avec les pastilles low-cost de Papi qui ne se dissolvent jamais (ou si lentement que j’aurais eu le temps d’emmener le frigo à la déchetterie et d’en racheter un autre), désodorisation, rinçage, deuxième tournée avant de pouvoir enfin, fourbus et hébétés, nous poser sur notre lit, non sans nous être nous-mêmes consciencieusement nettoyés, désinfectés, désodorisés, rincés, etc, etc.

laurier-rose

Après cette arrivée idyllique, nous avons flemmardé, et fait… pas grand-chose, ma plus grande balade étant le tour du village pour vous poster des images alléchantes. La particularité la plus saillante de ce village, à mon sens, est la présence d’UN esthéticien, qui exerce également la profession de sophrologue et de psychothérapeute. Je ne vous cache pas qu’imaginer me faire poser du vernis semi-permanent sur les orteils tout en lui confiant les tourments de mon âme, me fait frétiller d’aise.

Bien que les enfants aient manifesté leur souhait d’étancher leur soif intellectuelle intense en consacrant de longues heures à l’étude poussée de Gulli et des Zouzous, nous les avons quand même sortis un peu, histoire de justifier tout le gasoil par nos soins vaporisé dans l’atmosphère. Nous les avons menés à Saint-Tropez pour leur montrer que s’ils travaillaient bien à l’école (il fallait bien les motiver pour la rentrée), ils pourraient s’offrir un yacht quand ils seraient grands : pas comme leurs ratés de parents qui n’avaient qu’une pauvre liasse de billets de 5€ en poche. Nous avons également cavalé pour satisfaire les grands, trotté pour contenter les petits, affronté des plages bondées de touristes cuits comme des homards (chose inhabituelle pour nous qui partons d’habitude en juillet), cherché des places de parking aussi rares que celles du boulevard Haussmann une veille de Noël, passé le balai, mis le couvert, fait des lessives, et lutté contre des moustiques à la voracité de piranhas. Le pauvre Lapin nous servit fort efficacement de paratonnerre et termina les vacances aussi marqué que s’il avait contracté la variole.

C’est donc sur les rotules (je parle pour moi, mon époux n’étant pas encore en capacité de poser son genou à terre) que nous remontâmes vers le Nord le 29 août, croisant des vols de cigognes qui partaient au Sud (Cela faisait belle lurette que je n’avais pas vu de vols de cigognes, d’ailleurs. Comme quoi on voit des choses merveilleuses une fois franchi le périphérique. J’adore l’idée que des oiseaux migrateurs partent au soleil en hiver, comme les retraités ou les tuberculeux au XIXe siècle, ou Sissi. So chic !). Mais en ce qui me concerne, ce n’était que pour mieux repartir…

En effet, je… Ah zut, le petit vient d’arriver et réclame son biberon. Bon, ben salut, je vous dis à la semaine prochaine pour la suite de mes aventures estivales !

 

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39 commentaires

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Figure-toi que je le savais, et que j’ai même pensé à toi en rédigeant cet article ! Je ne te raconte pas comme il était bon, du St Nectaire fermier, fondant, moelleux, parfumé, un délice…

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merci ma Vio
      Mais tu vas voir, j’aurai beaucoup moins de succès avec celui-là que le précédent !
      Et toi, quand est-ce que tu nous écris un article sur la gym suédoise ?

  • madeleineetcupoftea

    Je rejoins les commentaires précédents ! Tu écris vraiment bien et me fais rire beaucoup ! Je me demande toujours où tu vas chercher toutes ces idées folles ! J’ai personnellement adoré le principe de l’aromathérapie avec du St Nectaire, et la blague sur les rotules de ton mari ! Il est peu de blogs que je suis tant, je ne manque pas un des tes articles et ne suis jamais déçue. J’attends donc la suite avec impatience ! Je suis vraiment ravie de t’avoir découverte ! 😊

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Oh merci, je suis touchée de pouvoir être, de temps en temps, ta tasse de thé ! ça m’encourage à continuer (parce que j’ai toujours peur que ce soit nul, trop ou pas assez, tu vois quoi)
      En fait je mets assez longtemps à écrire mes articles, et pendant toute la durée de l’écriture qui s’étale parfois sur plusieurs semaines, je note tout ce qui me vient comme idées en me faisant des petits mémos vocaux sur mon téléphone. Et après je fais ma tambouille ! Autant te dire qu’en rédaction je ne serais pas très rapide 😉

  • maman délire

    c’est tellement bien écrit ! on sent bien que tu n’as pas lu que des arlequins… et que tu étais très attentive à l’école ! je te félicite. j’ai hâte de lire la suite, évidemment. moi aussi je vogue à contre courant, tu vois, j’ai 2 mois de retard dans mes écrits, je pense que j’aurais fini de raconter mes vacances d’été le 23 décembre… si j’ai encore des lectrices d’ici là !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Merciiii ! J’ai lu beaucoup de choses, que je serais incapable de lire maintenant… Les Arlequins correspondraient plutôt à mon état de fatigue mentale actuelle 😀
      Je les attends de pied ferme, moi, tes récits de vacances ! Je serai là, même sous la neige, pour lire tes merveilleuses aventures américaines, yeah baby !

  • AlWin14

    Ce récit est à mourir de rire, merci pour la détente matinale (pas sur les WC, mais il s’en est fallu de peu ! Un peu troublante l’idée que nous tu imagines ainsi d’ailleurs… mais passons !) ! Quelle belle plume tu as, quel sens de l’auto-dérision et de la mise en scène aussi ! Le tout ponctué de superbes références et autres mots si beaux parce que moins usités (je me permets toutefois de m’interroger : ne dit-on pas « panurgiennes » ?). Digne de certaines « grandes » blogueuses reconnues qu’un jour – à n’en pas douter – tu égaleras ! Je me régale à chaque billet publié et celui-ci – bien représentatif de ta prose je trouve – m’aura permis de mettre mon mari à la lecture de blogs de filles, alors merci ! (et merci à Maman Lempicka de nous avoir fait découvrir cet espace !) Je ne peux m’empêcher de te demander : dans ta vie professionnelle, tu écris ou ton talent est-il inné ?

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Oh merci ! je suis toute confuse et rougissante !
      Oui Maman Lempicka est le bon génie qui a surgi de mon blog (quand je l’ai frotté un peu), et comme elle est trop sympa, elle partage ses lectrices : ce n’est pas le cas de tout le monde.
      Pour répondre à tes légitimes interrogations :
      1/ je consulte souvent mon portable aux toilettes, c’est un des rares endroits où je puisse être tranquille. Je suis certaine de ne pas être la seule.
      2/ je me suis également interrogée sur panurgienne/panurgéenne. Mais ce n’est pas dans le dictionnaire, c’est un néologisme, donc dans le doute…
      3/ j’écris dans mon travail en effet, mais des trucs pas marrants et en anglais. Par contre j’adorais les rédactions à l’école. Et puis comme j’ai beaucoup ingurgité de livres auparavant, désormais je régurgite !

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Bienvenue, et merci beaucoup ! En effet j’ai la chance d’avoir des commentatrices de grand talent !
      La suite arrive bientôt 😉

  • Marcounet

    J’ai bien noté les effets curatifs du Saint-Nectaire. Je suis certain que c’est même tout à fait indiqué pour contre balancer les effets du régime basque qui se compose essentiellement, comme tu le sais sûrement, de jambon de Bayonne et de fromage de brebis.
    A part ça, nous sommes de retour d’un périple de 8 jours entre Paris, la Bretagne et Florence (oui, en Italie).

    • Petitsruisseauxgrandesrivières

      Oui, dans certaines régions, ils n’hésitent pas à vendre des produits toxiques, pauvre Marcounet 😉
      Je me réjouis pour toi de ces délicieuses vacances, qui rendent ton absence et ton silence, enfin supportables et compréhensibles !

Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire :

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