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À plus dans l’bus

Il y a un peu plus d’un an, ma fille aînée est rentrée au collège.

Me trouvant face à une situation logistiquement complexe (Comment emmener une adolescente au collège pour 8h15, sachant qu’on doit déposer un enfant à 8h20 à l’école et l’autre à 8h30 à la crèche, le collège étant distant de l’école de 20 minuSELRES_8d334ba9-48de-49c3-bea0-71e9a9c19d6bSELRES_8779358c-7a6e-480f-a1d7-65d7b993def3tes de voiture, et l’école étant distante de la maison d’une minute, et de la crèche de 5 minutes à pieds, et le caca du matin du petit fait à 8h10 ? Vous avez trois heures), j’en avais donc conclu qu’elle prendrait le bus. Comme moi de mon temps – vous savez, le bon vieux temps – et je n’en suis pas morte, non mais !

Son papa était au départ assez peu enthousiasmé de cette décision unilatérale, projetant sur elle son angoisse paternelle craignant pour elle une fatigue engendrée par un réveil sonnant plus tôt chaque matin. Mais finalement, il s’y est fait, ce qui est fort heureux car à un moment, il faut bien leur lâcher la grappe à ces enfants.

Bref, notre fille s’est adaptée, comme tous les petits vertébrés de la planète, à ce nouveau mode de locomotion, parvenant rapidement à surfer sur les correspondances pour optimiser ses temps de trajets.

Néanmoins, cette année, une de ses nouvelles camarades habitant notre immeuble, elle a commencé à goûter au confort des sièges en cuir de la voiture du papa de la sus-dite camarade, et il est vrai que, durant cette tempête hivernale de décembre, où le vent a souffloyé ses bourrasques glaciaires, et la pluie pleuvoyé des torrents d’eau bien froide et bien mouillée, ce n’était pas plus mal. J’ai donc entendu bien des matins « t’inquiète M’man, c’est le père d’Hildegarde* qui m’emmène / me ramène ».

Cela a duré une dizaine de jours.

Puis un matin, son bol de céréales à la main, elle m’a déclaré : « Tu sais M’man, je crois que je vais reprendre le bus, j’espère qu’Hildegarde ne sera pas vexée ».

Ah bon ma chérie, pourquoi donc ? Le cuir des sièges serait-il finalement inconfortable, quelqu’un y aurait-il glissé un petit pois ? La station radio ne conviendrait-elle pas à tes délicates oreilles ? Point du tout, j’étais à des lieues de m’imaginer la réponse.

« Non, pfff, c’est pas ça, mais en fait dans le bus, il y a du monde, il y a de la vie quoi ! je vois des gens, je vois le paysage, je discute, c’est un bon moment ! »

Hé oui ! Le bus, ce n’est pas que pour les cloportes fauchés, comme vous et moi, qui n’ont pas les moyens d’avoir un 4×4 hybride. Le bus, c’est aussi un lieu où l’on fait des rencontres incroyables et où l’on vit des moments de grâce, autant, voire plus que NKM sur la ligne 13 du métro, un lieu où le nez collé à la vitre on contemple le ciel, et les nuages, là-bas… les merveilleux nuages ; un lieu où l’on observe des visages différents, des garçons rêveurs, des petites vieilles hargneuses mais marrantes quand même avec leur sac à main serré contre leur cœur,  des lycéennes fascinantes et mystérieuses, un lieu où l’on croise le soir Joséphine, qui sort du bureau et prend le bus de 18h17, et où l’on vit l’ouverture un peu grisante sur un monde plein de possibles.

Quant à Hildegarde, hé bien on la retrouve en classe !

* Non ne vous inquiétez pas, cette pauvre enfant ne s’appelle pas Hildegarde pour de vrai.

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